Navigône : la navette fluviale lyonnaise cherche encore son rythme de croisière
Un an après son inauguration le 18 juin 2025, la navette fluviale Navigône continue de monter en puissance, mais à un rythme inférieur aux objectifs fixés. Le service, qui relie Confluence (2e arrondissement) à Vaise-Industrie (9e arrondissement) sur 6,54 km en environ 40 minutes, s'apprête à franchir une nouvelle étape avec l'arrivée prochaine de deux bateaux supplémentaires.
Une flotte qui s'étoffe à l'été 2026
Depuis décembre 2025, deux bateaux électriques, Le Gone et La Fenotte, ont remplacé les navires thermiques (Le Vaporetto et Le Lui) utilisés lors de la phase d'expérimentation de juin à décembre 2025. Selon TCL, deux bâtiments identiques, La Soyeuse et Le Canut, doivent rejoindre la flotte Navigône d'ici l'été 2026, portant la capacité opérationnelle à quatre navires de 90 passagers chacun. Un cinquième bateau, La Mouche 1, est maintenu en réserve.
Une fréquentation en deçà des attentes
Le bilan chiffré reste en demi-teinte. D'après le SYTRAL, le service avait transporté 120 000 voyageurs en quatre mois d'exploitation à fin novembre 2025, soit environ 30 000 passagers par mois. Or l'objectif annuel affiché est de 560 000 passagers, ce qui implique un rythme mensuel de près de 46 700 usagers. L'écart est significatif : le service tourne à environ 65 % de la cadence nécessaire pour atteindre ses cibles.
Ces chiffres alimentent un débat sur la nature réelle du service : navette de transport du quotidien ou offre à vocation touristique et de loisir ? Le nombre limité d'arrêts, un temps de trajet de 40 minutes pour 6,5 km, et une fréquence de passage jugée insuffisante par certains usagers sont régulièrement pointés. Aucune opposition organisée de riverains ou d'associations n'est pour l'heure documentée, mais la question de l'utilité réelle pour les déplacements domicile-travail reste posée.
Des coûts qui interrogent
Sur le plan financier, la divergence entre les chiffres disponibles mérite attention. L'investissement initial est estimé à 26 millions d'euros pour les infrastructures et la flotte. Mais selon Rue89Lyon, la délégation de service public confiée à RATP Dev Lyon, en partenariat avec Les Yachts de Lyon, s'élève à 53,5 millions d'euros sur sept ans, soit environ 7,6 millions d'euros par an d'exploitation, un niveau sensiblement supérieur aux estimations initiales évoquées lors du lancement.
Un pari historique à confirmer
Pour mémoire, Lyon avait abandonné le transport régulier par voie fluviale vers 1913. La relance de Navigône, présentée au public le 28 mars 2024 et inaugurée 14 mois plus tard, représente donc plus d'un siècle de rupture avec cette tradition. SYTRAL Mobilités, autorité organisatrice, parie sur un effet de montée en charge progressive, notamment grâce à l'élargissement de la flotte cet été. Le tarif reste accessible : 3 euros l'aller simple ou 5 euros l'aller-retour, avec intégration aux titres TCL classiques.
La prochaine échéance, l'entrée en service de La Soyeuse et du Canut, sera un premier test de la capacité du service à réduire l'écart avec ses objectifs.
Sources
TCL Actualités
Bateau de Lyon
