Passage Lyonnais
Escaliers des Berges du Rhône, au niveau du pont de la Guillotière, pendant le confinement lié à la pandémie de Covid-19, dans le 3e arrondissement de Lyon.
Sebleouf, CC BY-SA 4.0 , Wikimedia Commons

Culture

Lyon d'hier , 1856 : la crue qui a donné à Lyon ses quais hauts

Une digue rompue en 1856 a noyé la Guillotière et les Brotteaux : elle a aussi dessiné les quais hauts qui bordent encore le Rhône.

Par Rédaction Passage Lyonnais2 min de lectureGuillotièreBrotteauxLyon

Le 30 mai 1856, une digue cède en amont de Lyon, à hauteur de l'actuel parc de la Tête d'Or. En quelques heures, une masse d'eau se déverse sur la rive gauche du Rhône, alors en pleine construction. Les quartiers des Brotteaux et de la Guillotière, qui comptent à eux deux environ 40 000 habitants, sont engloutis. Le lendemain, 31 mai, la crue atteint son paroxysme dans toute la vallée du Rhône, jusqu'en Camargue où 100 000 hectares disparaissent sous deux à trois mètres d'eau. À Lyon, le bilan est lourd : dix-huit morts recensés dans la seule commune de la Guillotière, alors indépendante de Lyon, et des centaines de maisons en pisé emportées.

Ce n'était pas la première alerte. Seize ans plus tôt, en novembre 1840, la Saône avait déjà noyé Vaise sous trois mètres d'eau, faisant s'effondrer plus de 240 maisons. Mais 1856 frappe une ville qui s'étend justement vers l'est, sur des terrains encore mal protégés. Le photographe Édouard Baldus est envoyé sur place par le gouvernement pour documenter les dégâts à Lyon, Avignon et Tarascon, laissant l'une des premières séries photographiques d'une catastrophe naturelle en France.

La réponse ne se fait pas attendre. Comme le rappelle une étude publiée en 1937 dans la revue Géocarrefour, les deux crues de 1840 et 1856 furent des "leçons salutaires" qui précipitèrent la construction des quais tels qu'on les connaît aujourd'hui. La décennie qui suit 1856 voit l'essentiel des digues de défense sortir de terre : la digue du Grand Camp, protégeant le nord de la rive gauche vers l'actuel parc de la Tête d'Or, date de 1859. L'ingénieur Ernest Kleitz conduit à partir de cette période un vaste programme associant relèvement et prolongement des quais, aménagement de champs d'expansion des crues en amont, notamment dans la plaine de Miribel-Jonage, et suppression d'obstacles gênant l'écoulement de la Saône.

Ce chantier du XIXe siècle a fixé la ligne des quais hauts qui encadre toujours le fleuve entre le pont Morand et Gerland, un mur continu surélevé par rapport au niveau des berges, pensé pour contenir une crue centennale. Longtemps occupés par des voies rapides et du stationnement, ces quais ont connu une deuxième transformation entre 2005 et 2007, avec l'aménagement des Berges du Rhône sur cinq kilomètres, projet passé d'un budget initial de 15,5 millions d'euros à 44 millions. Mais le principe de défense hérité de 1856, digues, champs d'expansion et quais surélevés, reste la colonne vertébrale du dispositif qui protège aujourd'hui les deux rives du fleuve.

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