À l'hôpital Femme Mère Enfant, les enfants malades réécrivent les règles de la relation soignant-soigné
« Dépêche-toi », « c'est dans ta tête », « ça va passer », « allez, t'exagères ». Ce sont les phrases que des enfants hospitalisés à Lyon ont entendues, parfois répétées, et qu'ils ont choisi d'afficher sur les murs mêmes des services où on les leur a dites. Depuis septembre 2023, les Hospices Civils de Lyon (HCL) ont mis en place le Comité des Enfants, une instance rare en France, qui n'existe par ailleurs qu'à Reims et à Strasbourg. Sept jeunes patients, suivis régulièrement à l'hôpital Femme Mère Enfant (HFME) de Bron, à l'Institut d'Hématologie et d'Oncologie Pédiatrique (IHOPE) ou à l'hôpital Louis Pradel, y donnent leur avis sur ce qui doit changer.
Après un premier chantier consacré à l'accessibilité, achevé en 2024 avec des marquages au sol et une dépose-minute adaptée aux fauteuils, le groupe s'est attaqué en 2025 à un sujet plus intime : le respect dans la relation de soin. Accompagnés par une éducatrice, une enseignante et le graphiste Arthur Pougnet, les enfants ont listé les attitudes de soignants qui les blessent, avant de leur opposer des valeurs qu'ils réclament : délicatesse, écoute, compassion, communication, empathie. Le résultat, des affiches au graphisme volontairement direct, a été financé par la Chaîne de l'Espoir et posé dans les couloirs des trois établissements pédiatriques.
Cette démarche ne relève pas du gadget de communication. L'Académie nationale de médecine rappelait en 2024 que le repérage des maltraitances chez l'enfant reste largement sous-estimé dans le secteur sanitaire, avec une prévalence estimée à un enfant sur dix dans les pays à hauts revenus, toutes formes confondues. Si les affiches du Comité des Enfants ne visent pas des cas de maltraitance caractérisée, elles pointent une zone grise plus banale : la parole minimisée, la douleur relativisée, l'impatience qui blesse sans qu'on s'en aperçoive. Un terrain que les professionnels de santé peinent parfois à objectiver eux-mêmes, faute d'outils pour recueillir la perception des plus jeunes patients.
Aucune critique frontale n'a été formulée publiquement par des associations de patients ou des syndicats hospitaliers à l'encontre du projet, qui se présente comme complémentaire aux dispositifs existants de bientraitance. Reste que l'initiative repose largement sur l'engagement de personnels dédiés, éducatrice et enseignante hospitalière, dans un contexte où les moyens humains en pédopsychiatrie et en unités d'accueil pour enfants en danger restent jugés insuffisants par l'Académie de médecine elle-même.
Le Comité ne s'arrête pas là. Il planche désormais sur un nouveau chantier, moins symbolique mais tout aussi concret : l'amélioration des plateaux repas, menus et présentation des assiettes, pour des séjours hospitaliers un peu moins mornes.
Sources
CHU Hospices Civils de Lyon
Comité des Enfants des HCL : un projet 2025 pour le respect dans la relation de soin