
À la Biennale de Lyon, l'art contemporain s'installe dans une édition resserrée par les coupes budgétaires
Faute de budget et d'un site chauffable, la 18e Biennale de Lyon ouvre le 19 septembre pour trois mois, contre près de quatre en 2024.
Dans les grandes halles métalliques de l'ancien technicentre SNCF de La Mulatière, les derniers jours avant l'ouverture ressemblent à un chantier permanent. Techniciens et monteurs finissent d'installer les œuvres, les grues industrielles voisinent avec les sculptures, et chaque salle prend forme au compte-gouttes. Ce jeudi 17 et ce vendredi 18 septembre, les Grandes Locos et les dix autres lieux de la Biennale ouvrent en avant-première aux professionnels avant le grand public, samedi 19 septembre. Pour la 18e édition de la Biennale d'art contemporain de Lyon, le compte à rebours a une couleur particulière : celle d'une manifestation qui doit prouver qu'elle peut rester ambitieuse avec moins de moyens et moins de temps.
Intitulée "Passer d'un rêve à l'autre", cette édition est portée par la commissaire Catherine Nichols, conservatrice au Hamburger Bahnhof de Berlin, sous la direction artistique d'Isabelle Bertolotti, qui dirige aussi le macLYON depuis 2018. Comme nous l'écrivions le 22 juillet, 119 artistes de 42 nationalités investissent onze lieux de la métropole, des Grandes Locos au macLYON en passant par l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne et la Fondation Bullukian. Le pass d'entrée, dont nous détaillions la prévente début septembre, reste accessible à 20 euros jusqu'au 18 septembre avant de repasser à 25 euros.
Pourquoi cette édition tient en trois mois au lieu de quatre
La Biennale fermera ses portes le 13 décembre, après 86 jours d'exposition. En 2024, l'édition précédente s'était étalée sur 107 jours, du 21 septembre au 5 janvier, et avait attiré près de 285 000 visiteurs sur ses cinq sites principaux, un chiffre porté à 2,7 millions en comptant les installations dans l'espace public, selon les données communiquées par l'organisation. Ce raccourcissement d'environ trois semaines n'est pas qu'un choix de programmation. Les Grandes Locos, halles industrielles du XIXe siècle sans chauffage, imposent leur propre calendrier : au delà de la mi décembre, le site devient difficilement exploitable pour recevoir du public dans de bonnes conditions. S'y ajoute un contexte budgétaire plus contraint, qui pèse sur une manifestation déjà familière des arbitrages financiers.
En avril 2022, la Région Auvergne-Rhône-Alpes avait amputé sa subvention annuelle à la Biennale de 200 000 euros, la faisant passer de 753 000 à 553 000 euros, soit une baisse d'environ 27 %. La décision, annoncée par voie de presse quatre mois avant l'ouverture de l'édition de cette année-là, avait suscité la colère d'Isabelle Bertolotti, qui avait dit avoir appris la nouvelle par les médias : "On a du mal à y croire, des engagements étaient pris." Le maire écologiste de Lyon Grégory Doucet et son homologue socialiste de Villeurbanne avaient publiquement critiqué ce choix, tandis que la vice-présidente à la culture de la Région, Sophie Rotkopf, l'avait justifié par une volonté de "redistribuer plus équitablement" les crédits culturels sur le territoire. Aucune réaction officielle n'a pour l'instant été rendue publique concernant spécifiquement le format resserré de cette édition 2026, financée comme les précédentes par le ministère de la Culture, la Région, la Métropole et la Ville de Lyon, qui verse chaque année 1,5 million d'euros aux grandes biennales d'art contemporain et de danse.
Le musée qui rouvre ses portes le temps d'une exposition
Parmi les onze lieux de la Biennale figure un site que les Lyonnais n'ont pas pu visiter depuis cinq ans. Le Musée des Tissus et des Arts décoratifs, dans la Presqu'île, est fermé pour travaux depuis avril 2021. Propriété de la Région Auvergne-Rhône-Alpes depuis le désengagement de la Chambre de commerce et d'industrie en 2017, l'établissement devait rouvrir plus tôt, mais le chantier a pris du retard et sa réouverture complète n'est désormais annoncée que pour 2029, avec une première ouverture partielle de l'hôtel de Lacroix-Laval prévue courant 2026. Le temps de la Biennale, du 19 septembre au 13 décembre, le musée ouvrira exceptionnellement ses salles au public, avant de refermer jusqu'à l'achèvement des travaux.
Cette réouverture éphémère illustre la méthode revendiquée par la Biennale lyonnaise, que sa directrice générale Cécile Bourgeat décrit comme une manifestation conçue "d'abord comme un espace de production", mobilisant les réseaux d'artisans et d'institutions locales pour produire des œuvres inédites, souvent irréalisables ailleurs. Selma Selman y présente cinq fleurs mécaniques faites de grappins industriels, Lara Almarcegui une dune de 260 mètres cubes de déchets de l'industrie houillère, et le collectif berlinois raumlabor une architecture en papier compressé de 120 tonnes. Passé le 13 décembre, le Musée des Tissus refermera à son tour, jusqu'à sa réouverture complète programmée en 2029.
Sources
Communiqués de presse (email)
Tic Tac tic tac - 18ème édition Biennale de Lyon - journées presse/professionnelles


