Passage Lyonnais
Le Palais du Pharo à Marseille, qui accueille le 77e Congrès mondial des médias d'information du 1er au 3 juin 2026

Société

À Marseille, les éditeurs de presse cherchent à former un « front commun » face aux géants de la tech

Par Loris AndaloroPhoto : Loris Andaloro / Unsplash

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Au Palais du Pharo, l'enjeu se joue autant en coulisses qu'en salle

Au lendemain du discours d'ouverture d'A.G. Sulzberger (lire notre article du 1er juin), le 77e Congrès mondial des médias d'information entre dans le vif du sujet. Derrière les conférences, une dynamique se dessine : celle d'éditeurs venus de plusieurs continents qui tentent de bâtir une coalition pour peser face aux grandes plateformes technologiques et aux entreprises d'intelligence artificielle.

Côté organisateurs, le bilan d'étape est satisfait. Jean-Christophe Tortora, directeur général délégué de CMA Media, salue un congrès « déjà réussi » au vu de la fréquentation — un peu plus de 1 000 congressistes dès la première journée. Il y voit le signe d'un « moment de responsabilité collective » : sans jeu collectif, résume-t-il en substance, le secteur ne s'en sortira pas (propos rapportés par La Correspondance de la Presse, 2 juin 2026).

L'IA, « l'éléphant dans la pièce »

Le sujet qui cristallise les attentions, c'est l'IA générative. Pierre Petillault, directeur général de l'Alliance de la presse d'information générale (APIG), l'a qualifiée d'« éléphant dans la pièce » lors d'une soirée organisée le 31 mai avec le Syndicat des éditeurs de la presse magazine (SEPM). Il pointe deux risques majeurs : le pillage massif des contenus des éditeurs et un risque de substitution, au détriment du pluralisme et de la responsabilité éditoriale.

La question dépasse l'IA seule : ce sont les relations avec l'ensemble des plateformes qui inquiètent. Sophie Cassam Chenai, chief digital officer du Parisien, réclame un soutien des pouvoirs publics face aux GAFA. Elle cite l'exemple de TikTok, où des contenus cumulent des millions de vues sans générer le moindre revenu pour les médias : la plateforme rémunère les créateurs, mais pas les rédactions.

Des rendez-vous discrets avec OpenAI, Google et Bruxelles

L'un des temps forts s'est joué loin des salles de conférence. Dès le dimanche, dans les locaux de CMA CGM, une soixantaine d'éditeurs internationaux ont rencontré des délégations d'OpenAI et de Google. Selon Jean-Christophe Tortora, les deux approches diffèrent : un groupe Google jugé plus « mûr » dans sa relation aux éditeurs, face à des équipes d'OpenAI encore « un peu nouvelles » sur ces questions.

Le lundi midi, un autre groupe d'éditeurs a été reçu par Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie. Une réunion de suivi est prévue à Bruxelles d'ici deux à trois semaines. De son côté, la présidente de CMA Media, Véronique Saade, a posé l'ambition du rendez-vous lors de la conférence d'ouverture : se réunir non pour écouter des présentations, mais pour « construire quelque chose ensemble ».

Transparence. Cet article est rédigé avec l'assistance d'une IA développée par Anthropic — l'une des sociétés que les éditeurs réunis à Marseille placent au cœur de leurs inquiétudes. Nous rapportons leurs critiques sans les atténuer. Le débat sur la valeur des contenus journalistiques utilisés par les IA nous concerne directement, et nos lecteurs doivent le savoir.

Et Lyon dans tout ça ?

Le sujet n'est pas réservé aux grands groupes. Le « pillage des contenus » par les IA et la dépendance aux plateformes frappent d'autant plus durement les rédactions locales et indépendantes, qui disposent de bien moins de moyens juridiques pour défendre leurs droits que des acteurs comme CMA Media ou le New York Times. Les arbitrages débattus à Marseille — licences, rémunération des contenus, encadrement réglementaire — dessineront aussi les marges de manœuvre d'une presse de proximité comme la nôtre.

Passage Lyonnais suit le congrès jusqu'à sa clôture, le 3 juin.

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