Passage Lyonnais
Vue du canal de Miribel à la gare de Crépieux, (Rillieux-la-Pape).
Benoît Prieur, CC0 — Wikimedia Commons

Sécurité

À Rillieux-la-Pape, l'État a testé les alertes sur le plus grand champ captant d'eau potable d'Europe

L'État a testé jeudi le système d'alerte FR-Alert autour de l'usine qui fournit jusqu'à 95 % de l'eau potable de la Métropole de Lyon.

Par rédaction Passage Lyonnais4 min de lectureRillieux-la-Pape

Jeudi 17 septembre, 8 h 30. Sur les berges du Vieux Rhône, à Crépieux, les vieux arbres qui bordent le fleuve n'ont rien vu passer. Mais dans les poches des habitants de Rillieux-la-Pape et des automobilistes engagés sur la RD 484, les téléphones ont vibré à plusieurs reprises dans la matinée, accompagnés d'un signal sonore inhabituel. Sur l'écran, un message clair : « exercice ». Aucune mise à l'abri à observer, aucun geste à faire. C'était le prix, minime, à payer pour tester grandeur nature la réaction de l'État face à un incident fictif sur l'usine d'eau du Grand Lyon, en plein cœur du plus vaste champ de captage d'Europe.

Organisé sous l'autorité du préfet du Rhône, cet exercice de sécurité civile n'était pas ouvert à la presse, précise la préfecture, qui n'a pas détaillé le scénario retenu. Services de l'État, collectivités et exploitant du site ont travaillé « dans des conditions proches du réel » pour éprouver leurs capacités de réponse en cas d'accident, de sinistre ou de catastrophe. Point d'orgue de la matinée : plusieurs déclenchements du système FR-Alert, ce dispositif de diffusion cellulaire qui permet depuis 2022 aux préfectures d'alerter en quelques secondes toute personne présente dans une zone de danger, sans avoir besoin de connaître son numéro de téléphone.

Pourquoi ce site précis mobilise autant l'État

Le choix du lieu n'a rien d'anodin. Le champ captant de Crépieux-Charmy, 375 hectares formés par les canaux de Miribel et de Jonage et le Vieux Rhône, alimente à lui seul entre 90 et 95 % de l'eau consommée dans la Métropole de Lyon, soit environ 226 000 m³ produits chaque jour pour quelque 1,5 million d'usagers, selon les données d'Eau du Grand Lyon, la régie publique qui gère le service depuis le 1er janvier 2023. Filtrée naturellement par les alluvions du fleuve, cette eau ne nécessite qu'une chloration minime, de l'ordre d'une goutte pour mille litres. Un site unique, donc une vulnérabilité unique : en cas de pollution majeure du Rhône ou d'incident sur les installations, l'agglomération n'a pratiquement pas de plan B.

C'est précisément ce constat qui a justifié, depuis l'automne 2025, le lancement d'un chantier de 64 millions d'euros sur l'usine de secours de la Pape, à quelques centaines de mètres du site testé jeudi. Conçue dans les années 1970 pour produire jusqu'à 150 000 m³ par jour en cas de défaillance du site principal, elle ne dépasse plus aujourd'hui les 75 000 m³, sa capacité de traitement s'étant dégradée avec le temps face à des eaux du lac de Miribel de moins bonne qualité et à l'apparition de polluants qu'elle ne savait pas traiter à l'origine, comme les PFAS et certains pesticides. Les travaux, qui doivent s'achever en 2028, visent à ce que cette usine de secours puisse remonter en puissance en trois heures si la source principale venait à être coupée.

Ce n'est pas la première fois que FR-Alert est testé dans le Rhône, mais le dispositif reste jeune à l'échelle nationale : déployé fin juin 2022, il a été mobilisé lors de 245 exercices et a servi à diffuser 63 alertes réelles en deux ans et demi, selon un bilan du ministère de l'Intérieur arrêté fin 2024. Certains départements, comme l'Ain voisin, ont déjà organisé jusqu'à dix-huit exercices de ce type, quand la plupart des préfectures n'en comptaient encore qu'un ou deux à cette date.

Ce que l'exercice ne dit pas de l'état réel du site

Aucune opposition publique ne s'est exprimée à propos de cet exercice précis, qui relève d'un entraînement classique des services de secours. Mais le choix de Crépieux-Charmy comme terrain d'entraînement résonne avec des inquiétudes documentées et bien plus anciennes sur la robustesse réelle du site. Une commission d'enquête portant sur la révision des périmètres de protection des captages avait pointé, dans les années 2010, des risques de pollution liés à d'anciennes décharges situées à proximité immédiate des puits, dont un dépôt de déchets industriels à Décines et une ancienne casse automobile à Vaulx-en-Velin, à environ 200 mètres des points de prélèvement. Les responsables du service des eaux avaient d'abord nié l'existence de ces décharges avant de reconnaître, quelques mois plus tard, leur présence tout en assurant que les sites étaient stabilisés.

Plus récemment, en janvier 2025, la régie Eau du Grand Lyon a confirmé la présence d'acide trifluoroacétique, un composé PFAS jusque-là surtout associé aux rejets industriels du sud lyonnais, dans l'eau issue de Crépieux-Charmy, considérée jusqu'alors comme préservée de ce type de contamination. Interrogée par un média local, la toxicologue Pauline Cervan, de l'association Générations Futures, avait qualifié ces résultats de « malheureusement classiques », les inscrivant dans une tendance nationale de contamination diffuse des eaux souterraines. Ni la régie ni la préfecture n'ont établi de lien entre ces constats sur la qualité de l'eau et l'exercice de sécurité civile organisé jeudi, dont l'objet reste la réactivité des secours face à un scénario d'incident, non la pollution chronique du captage.

Les travaux de l'usine de secours de la Pape doivent s'achever en 2028, pour un investissement total de 64 millions d'euros.

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