À Rillieux-la-Pape, la chasse aux déchets pour apprendre à bien trier
Pince dans une main gantée, Demyia, huit ans, brandit son butin du jour : un carton détrempé, un vieux tuyau, des vêtements abandonnés et même un slip. Ce mercredi, une quinzaine d'enfants du centre aéré des Lônes ont sillonné les abords de la MJC Ô Totem, à Rillieux-la-Pape, pour une chasse aux détritus pas comme les autres. « À l'attaque contre les déchets », scandait Nathan, neuf ans, en tête de cordée.
L'opération n'a rien d'improvisé. Elle s'inscrit dans le programme du Smaac, le service mobilisation et accompagnement au changement de la Métropole de Lyon, dont les ambassadeurs du tri interviennent toute l'année dans les communes du territoire. Deux d'entre elles, Emmanuelle Alatorre et Lahna Martinez Aidi, ont d'abord expliqué aux enfants la différence entre poubelle grise et poubelle jaune, avant de les lâcher sur le terrain. « Ici, on trouve beaucoup de mégots, de mouchoirs et de bouchons d'oreille utilisés lors des concerts, qui doivent aller dans la poubelle grise, alors que dans la jaune on met les bouteilles, les sacs plastique, les papiers et les journaux », détaille Emmanuelle Alatorre. Bidon d'huile de moteur, canettes, bouteille en verre : au fil de la matinée, le tri s'apprend aussi par l'erreur, comme lorsque Matteo hésite longuement sur le sort à réserver à sa trouvaille.
Ces maraudes pédagogiques répondent à un problème bien réel. Sur le territoire lyonnais, environ 30 % des déchets déposés dans les bacs jaunes sont en réalité mal triés et finissent en refus de tri, contre 17 % en moyenne nationale, selon l'association Zéro Déchet Lyon. Sur 63 613 tonnes collectées, seules 43 700 avaient été effectivement recyclées, un écart qui illustre la difficulté persistante à faire coïncider gestes du quotidien et consignes officielles, malgré l'extension des consignes de tri à l'ensemble des emballages plastiques.
L'association pointe aussi les limites du système lui-même : le fameux point vert n'a jamais garanti qu'un emballage soit recyclable, et le recyclage, rappelle-t-elle, n'est jamais un procédé parfait, sans perte ni pollution. Pour elle, miser sur le tri ne doit pas dispenser de s'attaquer d'abord à la production de déchets à la source.
À Rillieux, la matinée s'est terminée par un bilan sans détour, recueilli auprès des enfants par l'animatrice du centre : « Maintenant, on ne va pas jeter les choses n'importe où. » Reste à savoir si ce réflexe survivra à la rentrée, une fois les gants et les pinces rangés.
Sources
Métropole de Lyon
À Rillieux-la-Pape, trier ses déchets, ça s'apprend