À Tassin, un ludoparc pour illustrer un programme métropolitain resté discret
Ce mercredi après-midi, sous les platanes de l'avenue Maréchal-Foch, le sable du terrain de beach-volley crisse sous les pieds d'enfants réunis pour un anniversaire, tandis que deux collégiennes discutent à l'ombre, à quelques mètres d'un point d'eau et de tables de ping-pong. La scène, banale en apparence, matérialise pourtant un programme métropolitain resté largement dans l'ombre médiatique : celui des « îlots sportifs inclusifs » que la Métropole de Lyon finance depuis plusieurs années, commune après commune.
Ouvert le 23 avril dernier sur l'îlot Basset, une ancienne friche de 3 600 mètres carrés jouxtant les écoles Jacques-Prévert et Général-Leclerc, le ludoparc des Platanes a coûté 734 613 euros. La Ville de Tassin-la-Demi-Lune en a porté l'essentiel, 506 000 euros, la Métropole de Lyon complétant à hauteur de 200 000 euros et l'État, via l'Agence nationale du sport, à hauteur de 28 000 euros. Terrain multisports, zone de fitness, espace yoga, pétanque, street workout et volley de sable y cohabitent avec des pelouses et des bancs, pensés pour que familles, sportifs, personnes âgées et personnes à mobilité réduite se croisent sur le même espace. Deux entrées desservent le site, l'une côté avenue Foch, l'autre par le parking de l'Espace Jules-Ferry, jugée plus accessible.
Pourquoi Tassin n'est pas un cas isolé
Le projet tassilunois n'est en réalité qu'une pièce d'un dispositif plus large. La Métropole de Lyon a engagé 1,7 million d'euros pour financer dix îlots sportifs inclusifs sur son territoire d'ici la fin de l'année 2026, avec un plafond de subvention de 300 000 euros par projet, pouvant couvrir jusqu'à 60 % du coût total. Vaulx-en-Velin et Vénissieux ont ouvert les premiers sites, dès l'été 2024. Ce dernier, sur plus de 5 000 mètres carrés, a représenté un budget de 708 000 euros, dont 300 000 euros métropolitains, soit une enveloppe proche de celle de Tassin pour une surface supérieure de 40 %. Irigny et Tassin-la-Demi-Lune figuraient initialement sur le calendrier 2025 de la Métropole : l'ouverture tassilunoise n'est finalement intervenue qu'en avril 2026, avec près d'un an de décalage sur l'annonce initiale, sans que la collectivité en ait publiquement détaillé les raisons.
Six autres communes restent, à ce stade, à équiper avant la fin de l'année pour tenir l'objectif des dix sites. La Métropole n'a pas communiqué de liste actualisée ni de calendrier commune par commune pour ce solde.
Ce que le programme cherche vraiment à corriger
Derrière l'aménagement paysager, revendiqué par la collectivité comme la signature de ces équipements, se loge un objectif de santé publique plus précis. Selon Florent Chante, chargé de mission à la direction des Sports de la Métropole de Lyon, ces îlots répondent à trois enjeux : « lutter contre la sédentarité et l'inactivité physique, ainsi que contre les inégalités de genre et d'âge dans l'accès au sport ». La direction des Sports de la collectivité s'appuie sur un chiffre precis : 80 % des filles de 11 à 14 ans pratiquent moins d'une heure d'activité physique quotidienne, contre 66 % des garçons de la même tranche d'âge. Chaque îlot doit ainsi proposer au moins cinq activités sportives différentes, pour diversifier les usages et éviter qu'un seul public, souvent masculin, ne monopolise l'espace, comme c'est fréquemment le cas sur les terrains multisports classiques.
À Tassin, aucune opposition organisée ne s'est fait entendre autour du projet, porté sans débat public marquant devant le conseil municipal. Seules des interrogations isolées, exprimées en ligne dans les commentaires relayant l'ouverture du parc, ont porté sur la surveillance nocturne d'un espace en accès libre et sur le risque d'attroupements en soirée, certains internautes suggérant une fermeture programmée ou un contrôle des accès. La municipalité n'a pas apporté de réponse publique à ces remarques, et les horaires actuels, ouverture jusqu'à 21h30 en période scolaire d'avril à septembre, jusqu'à 19h le reste de l'année, restent identiques à ceux annoncés lors de l'inauguration.
Le site est partagé avec les écoles voisines selon des créneaux réservés aux scolaires, une organisation que la Ville présente comme un moyen de rentabiliser l'équipement sur la journée plutôt que de le cantonner aux seules heures périscolaires. La Métropole de Lyon doit statuer d'ici la fin de l'année 2026 sur l'attribution des financements restants aux communes candidates pour compléter la dizaine d'îlots sportifs promis sur le territoire métropolitain.
Sources
Métropole de Lyon
Le ludoparc des Platanes séduit habitants et écoliers