IA de Google : les « AI Overviews » débarquent en France et inquiètent la presse lyonnaise
C'est un changement discret à l'écran, mais lourd de conséquences pour qui vit du trafic web. Depuis ce mercredi 22 juillet, Google déploie en France ses « AI Overviews » : des résumés rédigés par son intelligence artificielle Gemini, affichés en tête de page, juste sous la barre de recherche et au-dessus des liens vers les sites. Longtemps repoussée, la fonctionnalité arrive dans l'Hexagone après avoir déjà été étendue à quelque 200 pays. Et dans les rédactions, y compris lyonnaises, elle est reçue comme une menace directe.
Quand la réponse tue le clic
Le principe inquiète parce qu'il rebat les règles du référencement : si l'internaute obtient sa réponse dans le résumé, il n'a plus de raison de cliquer vers l'article source. Les premières mesures, réalisées aux États-Unis où le dispositif est plus ancien, donnent le ton. Selon une étude du Pew Research Center, la part d'internautes qui cliquent vers un lien externe tombe à 8 % lorsqu'un résumé IA est présent, contre 15 % sans — près de moitié moins. Les liens cités dans le résumé lui-même, eux, ne captent qu'environ 1 % des clics.
Les projections pour les éditeurs sont sombres : le Reuters Institute anticipe une chute d'environ 43 % du trafic issu des moteurs de recherche sur trois ans. Un patron de presse quotidienne régionale a, lui, chiffré à près de 30 % la perte d'audience redoutée dès l'arrivée du résumé IA. Or ce sont précisément les requêtes d'information — actualité, faits, questions simples — qui se prêtent le mieux à une réponse automatique sans clic.
La presse locale en première ligne
À Lyon comme ailleurs, la presse régionale aborde ce virage en position de faiblesse. Le groupe EBRA, propriété du Crédit Mutuel et éditeur du Progrès comme des Dernières Nouvelles d'Alsace, traverse déjà une zone de turbulences : recul des recettes d'abonnement et de publicité, plans de réduction d'effectifs. Comme l'ensemble du secteur, ces titres dépendent lourdement de l'audience apportée par la recherche Google pour monétiser leurs contenus en ligne.
Le paradoxe est cruel : une part de cette information locale, produite par des journalistes rémunérés, sert à nourrir des résumés qui la restituent gratuitement — en gardant l'internaute sur Google.
Droits voisins : un rapport de force déséquilibré
Le contentieux n'est pas neuf. En mars 2024, l'Autorité de la concurrence avait sanctionné Google de 250 millions d'euros pour non-respect de ses engagements sur les droits voisins, ce mécanisme censé rémunérer les éditeurs quand leurs contenus sont réutilisés. Des accords existent aujourd'hui avec quelque 450 éditeurs et agences.
Mais le lancement des résumés IA a été fait, selon les organisations professionnelles, sans négociation préalable sur ce nouveau format. L'Alliance de la presse d'information générale, par la voix de son président Marc Feuillée, a dénoncé un « fait accompli » ; côté Droits voisins de la presse, Jean-Marie Cavada a tenu le même reproche. Google met en avant une possibilité de retrait pour les éditeurs qui ne voudraient pas apparaître dans les résumés — mais s'en exclure reviendrait à disparaître aussi des résultats classiques, un choix jugé intenable. Reste la vraie question de fond : combien l'information locale de qualité peut-elle encore valoir dans un web où la réponse précède le lien ?