
Après l'affaire Abreu, la Métropole de Lyon esquisse sa parade aux violences sexistes
111 signalements en deux ans, mais aucun cadre pour les élus ou collaborateurs : la Métropole revoit son dispositif après l'affaire Abreu.
Un couloir, un ordinateur, un formulaire à remplir sans trop savoir à qui il sera lu. C'est à peu près tout ce que la Métropole de Lyon proposait, jusqu'ici, à un agent, un élu ou un collaborateur confronté à des violences sexistes ou sexuelles dans l'exercice de ses fonctions. Trois mois après avoir reçu mission de mettre ce dispositif à plat, la conseillère métropolitaine Élodie Roux de Bézieux a présenté, le 28 septembre, un premier état des lieux : un socle existe, mais il est mal repéré, incomplet, et laisse de côté une partie de ceux qui font vivre l'institution.
La mission avait été confiée le 25 juin par la présidente Véronique Sarselli, dans le sillage direct de l'affaire Roman Abreu. L'ancien chargé de communication de la campagne de Jean-Michel Aulas avait fait l'objet, le 13 mai, d'une plainte pour viol déposée par une ancienne membre de son équipe de campagne, qui dénonçait des faits commis début janvier après une soumission chimique alléguée. Trois vice-présidents, Jean-Michel Aulas, Laure Cédat et Emmanuel Imberton, avaient été temporairement écartés de leurs délégations, le temps que la Métropole clarifie ce qu'ils savaient et n'avaient pas signalé pendant la campagne. Aulas avait refusé de se retirer, invoquant l'absence de mise en cause judiciaire à son encontre. Les trois élus ont retrouvé leurs délégations le 18 septembre, une décision aussitôt critiquée par les Écologistes de la Métropole, qui réclamaient dès le 12 juin que la présidente tire, selon leurs mots, « toutes les conclusions politiques » de l'affaire et une transparence complète sur la gestion du dossier par les cadres qui en avaient connaissance.
Ce que révèlent 111 signalements en deux ans
La plateforme de signalement de la Métropole, ouverte en 2024, a recueilli 111 signalements en deux ans, dont 19 pour des faits de harcèlement ou de violences sexistes et sexuelles, selon les chiffres présentés le 24 septembre par Élodie Roux de Bézieux devant les élus. Rapporté aux 9 600 agents que compte la collectivité, le volume reste faible, un signe que la rapporteuse interprète moins comme une absence de problème que comme un dispositif qui ne remplit pas son rôle : « Ce n'est pas normal qu'une victime soit obligée de chercher le site de signalement », a-t-elle résumé. Autre limite identifiée : l'outil, pensé pour les agents publics, ne couvre ni les élus, ni les collaborateurs de cabinet, ni les prestataires extérieurs, catégorie dans laquelle se trouvait précisément Roman Abreu au moment des faits qu'on lui reproche. La loi du 6 août 2019 impose pourtant, depuis mai 2020, à tout employeur public de se doter d'un dispositif de recueil et de traitement des signalements ; la Métropole avait mis quatre ans à l'activer réellement.
Au delà du volume de signalements, la mission pointe un défaut de méthode plus large : rien n'organise, entre l'alerte et sa clôture, un parcours lisible qui distingue le recueil de la parole, l'évaluation de l'urgence, la protection de la personne, l'orientation et l'éventuelle enquête interne. Un chantier particulier concerne les situations où la personne censée traiter un signalement est elle-même en position d'autorité vis-à-vis de la personne concernée, une configuration que l'affaire Abreu a mise crûment en lumière au sein même de l'exécutif métropolitain.
Un collège d'experts pour ne pas refaire ce qui existe déjà
Pour la phase qui s'ouvre, celle des propositions, Élodie Roux de Bézieux a constitué un collège de quatre personnalités qualifiées appelées à confronter les pistes de travail à leurs propres pratiques : Michèle Vianès, présidente de l'association Regards de Femmes et membre du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, Catherine Heranney, directrice du Centre d'information sur les droits des femmes et des familles Rhône-Arc Alpin, Me Gilles Sabart, président de la commission compliance du barreau de Lyon, et la Dre Florence Fayard-Gonon, médecin urgentiste au Médipôle Hôpital Mutualiste, à l'origine d'une consultation médico-juridique pour les femmes victimes de violences intrafamiliales. Tous les groupes du conseil métropolitain sont par ailleurs invités à participer à un groupe de travail associé. « Les violences sexistes et sexuelles ne sont pas un sujet de la majorité ou de l'opposition, c'est un problème de société qui nous oblige tous », a plaidé Sylvie Blès-Gagnaire, présidente du groupe majoritaire Grand Cœur Lyonnais, appelant à dépasser les clivages sur ce dossier précis.
Aucune opposition ne s'est exprimée publiquement sur le principe même de la mission ni sur son calendrier ; les critiques formulées jusqu'ici, notamment par les élus écologistes, portent sur la gestion politique de l'affaire Abreu et sur la réintégration des trois vice-présidents, pas sur les travaux de la mission elle-même. La restitution publique des propositions opérationnelles est programmée pour le premier trimestre 2027.


