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Culture

Au musée des Confluences, les visages interdits de la Corée du Nord

Par rédaction Passage Lyonnais2 min de lectureConfluenceLyonPhoto by redcharlie on Unsplash

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Quarante portraits. Quarante visages surgis de l'un des pays les plus hermétiques de la planète. Depuis le 12 juin 2026, le musée des Confluences accueille l'exposition Corée du Nord du photographe Stéphan Gladieu, une plongée saisissante dans un quotidien que le monde ne voit presque jamais.

Entre 2017 et 2020, Gladieu a effectué cinq voyages en République populaire démocratique de Corée, dûment autorisé par les autorités nord-coréennes et systématiquement accompagné d'officiels. Loin de se laisser enfermer dans le spectacle de la propagande, il a imaginé une parade : transporter avec lui un studio photographique mobile, fond neutre et éclairage maîtrisé. En extrayant ses sujets du décor contrôlé, il restitue quelque chose d'inattendu — une présence, une humanité, un regard qui échappe aux slogans.

Les tirages, grand format, sont accompagnés de commentaires audio enregistrés par le photographe lui-même. Il y raconte les circonstances de chaque prise de vue, les négociations parfois tendues avec les accompagnateurs, les micro-instants de liberté arrachés au protocole. Ces récits en voix off transforment la visite en expérience documentaire autant qu'esthétique.

La démarche ne va pas sans questions. Des spécialistes de la Corée du Nord, notamment des journalistes et des ONG de défense des droits humains, rappellent régulièrement que tout accès photographique accordé par Pyongyang est instrumentalisé à des fins de communication internationale. La sélection des sujets, le lieu des prises de vue, les conditions de tournage : rien n'échappe au contrôle d'État. Gladieu ne l'ignore pas et en fait lui-même la matière de son récit, assumant la tension entre le désir de montrer et les contraintes imposées.

L'exposition s'inscrit dans la ligne éditoriale ambitieuse du musée, qui avait déjà attiré plus de 300 000 visiteurs pour sa précédente grande exposition temporaire. Elle est visible jusqu'au 2 mai 2027, soit près d'un an de programmation, un signe de la confiance accordée au projet par l'établissement métropolitain.

Pour les Lyonnais, c'est une fenêtre rare sur 25 millions d'habitants dont les visages n'apparaissent presque jamais dans les médias occidentaux, autrement que comme abstractions politiques. Ici, ils ont un âge, une posture, une expression — parfois même quelque chose qui ressemble à de l'ironie.

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