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Culture

Au musée des Confluences, les visages interdits de la Corée du Nord

Par rédaction Passage Lyonnais2 min de lectureConfluenceLyonPhoto by redcharlie on Unsplash
ÉvénementMusée des Confluences, LyonVoir l'agenda →

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Des yeux qui fixent les vôtres, posés sur des totems colorés évoquant les façades pastel de Pyongyang. Depuis le 12 juin, le musée des Confluences accueille une exposition photographique inédite en France : une quarantaine de portraits de Nord-Coréens signés Stéphan Gladieu, tirés en 120 par 150 centimètres, dans des lieux du quotidien que le reste du monde ne voit jamais.

Quinze ans d'obstination pour franchir la frontière

Rien ne prédisposait ce projet à aboutir rapidement. Il a fallu quinze ans à Stéphan Gladieu pour obtenir l'autorisation d'entrer en Corée du Nord avec son matériel. Spécialiste des zones inaccessibles — sociétés secrètes, dictatures, pays sous embargo —, le photographe a finalement réalisé cinq séjours entre 2017 et 2020, sous surveillance constante. De ces missions minutieusement encadrées, il a tiré un corpus de portraits qui constituent aujourd'hui l'exposition Corée du Nord : une patinoire, une ferme collective, une usine, un parc aquatique... autant de décors réels où il plantait une simple marque au sol, laissant ses sujets choisir eux-mêmes leur pose.

« J'ai choisi les personnes et les fonds. Je voulais des images simples, frontales, très lisibles », explique Gladieu. Le résultat est saisissant : des poses figées, quasi sérielles, qui reproduisent délibérément les codes de la propagande nord-coréenne, mais pour en renverser la logique. Là où le régime efface l'individu — « on n'apparaît jamais seul en photo en Corée du Nord », rappelle le photographe —, ces portraits s'acharnent à restituer une singularité irréductible.

Un dispositif sonore pour lever le voile

Huit des quarante photographies sont présentées en très grand format et dotées d'un dispositif sonore au verso : le photographe y raconte, en voix directe, les coulisses de chaque séance. Un complément qui dépasse la simple notice de cartel et enrichit considérablement la lecture des clichés, souvent ambigus entre théâtralisation et vérité.

C'est la quatrième fois que le musée des Confluences consacre une exposition à la photographie, un format qu'il développe progressivement dans son offre culturelle. L'établissement du quai Perrache, qui a accueilli 699 387 visiteurs en 2025 — soit une fréquentation stable après les 708 965 entrées de 2024 —, mise sur ce type de propositions pour élargir son public au-delà des sciences naturelles et des civilisations.

La question éthique, en arrière-plan

L'exposition ne s'interdit pas une forme d'inconfort. Certains observateurs s'interrogent sur les conditions réelles de liberté offertes aux sujets photographiés dans un régime autoritaire, où consentir à une séance photo sous surveillance d'État revêt une signification particulière. Gladieu assume cette tension : « Dans ces dictatures, il y a un paradoxe entre la volonté de vivre caché et le fantasme d'être compris. » Les poses choisies, leur ressemblance troublante, ce « vide » parfois perceptible dans les regards, tout cela parle autant du système que des individus eux-mêmes.

L'exposition Corée du Nord est à voir au musée des Confluences jusqu'au 2 janvier 2028.

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