Chefs d'entreprise en détresse : le Rhône organise la solidarité face à la vague de faillites
Une salle pleine, des dirigeants venus témoigner de leurs pires nuits professionnelles, et un message répété toute la soirée : personne ne devrait affronter seul la fermeture de son entreprise. Le 17 juillet, la soirée « Faire face ensemble » a réuni au MEDEF Lyon-Rhône l'ensemble des organisations patronales et consulaires du département, du MEDEF à la Chambre d'agriculture en passant par la CCI et la CMA, autour d'un sujet longtemps tabou : la souffrance psychologique des chefs d'entreprise.
Le contexte économique donne du poids à l'initiative. Dans le Rhône, les redressements et liquidations judiciaires ont bondi de 5,7% en 2025, selon les données citées par le Journal des Entreprises, portant le nombre de défaillances à 1 180 dans le département, près d'un quart du total régional. À l'échelle d'Auvergne-Rhône-Alpes, la barre des 8 000 défaillances a été franchie l'an dernier, soit près du triple du niveau enregistré pendant la crise sanitaire. Le bâtiment, le commerce et l'hôtellerie-restauration concentrent l'essentiel des dossiers.
Derrière ces chiffres, des trajectoires personnelles. Lors de la table ronde animée par la journaliste Marie Leynaud, Sarah Da Silva (Bonsceau), Pierre Marabese (Curvway) et Tom Thiellet (Le Moulin) ont raconté des parcours marqués par le doute et, pour certains, les séquelles économiques du Covid. Leur message commun : l'échec ne doit pas signer la fin d'une trajectoire, à condition d'être accompagné, un rôle que jouent déjà des réseaux comme 60 000 Rebonds ou Les Antilopes.
La soirée a surtout servi de tremplin au lancement d'APESA69, antenne locale d'un dispositif national créé en 2013 à l'initiative d'un psychologue et d'un greffier du tribunal de commerce de Saintes. Porté dans le Rhône par Emmanuelle Jalliffier-Verne, présidente d'APESA, le système repose sur des « sentinelles » formées à repérer les signaux de détresse chez un dirigeant, qui déclenchent alors l'intervention rapide d'un psychologue proposant jusqu'à cinq séances gratuites. À l'échelle nationale, APESA revendique avoir accompagné 14 500 entrepreneurs depuis sa création, via un réseau de près de 5 700 sentinelles et 1 800 psychologues.
Kathie Werquin-Wattebled, directrice régionale de la Banque de France en Auvergne-Rhône-Alpes, est venue présenter la Charte de confiance de l'institution, censée faciliter le dialogue entre entreprises fragilisées et créanciers avant que la situation ne devienne irréversible. Gilles Courteix (MEDEF Lyon-Rhône), Franck Morize (Entrepreneurs du Rhône) et Philippe Valentin (CCI Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne) ont pour leur part insisté sur la nécessité d'une action collective plutôt qu'une multiplication de dispositifs isolés.
Reste à mesurer, dans les mois qui viennent, si ce maillage entre greffiers, consulaires et psychologues parviendra à toucher les dirigeants les plus isolés, souvent les derniers à demander de l'aide.