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Lyon d'hier — Des légumes contre la misère : l'histoire méconnue des jardins ouvriers lyonnais

Par rédaction Passage Lyonnais2 min de lectureMontchatLyonCHABERT Louis, CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons

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Soixante-cinq parcelles alignées le long de la rue Jules-Massenet, des cabanons de bois identiques, des rangs de poireaux et de tomates : à Montchat, dans le 3e arrondissement, les jardins ouvriers occupent toujours 16 348 m2 depuis 1926, aux deux tiers propriété des Hospices civils de Lyon. Un siècle plus tard, l'Association des jardins ouvriers communaux de Lyon continue d'y attribuer des lopins, désormais rattachés au service des espaces verts de la Ville, qui y apporte un accompagnement horticole.

Le mouvement lyonnais est plus ancien que Montchat. Dès la fin du XIXe siècle, le clergé et le patronat encouragent la création de jardins pour les familles ouvrières, avec un double objectif rarement avoué à l'époque : nourrir des foyers nombreux dans des logements exigus, mais aussi détourner les ouvriers des cabarets et des rassemblements contestataires en les occupant utilement le dimanche. Le mouvement national trouve un cadre en 1896, quand l'abbé Lemire fonde la Ligue française du coin de terre et du foyer, reconnue d'utilité publique en 1909 et toujours active aujourd'hui sous des appellations successives.

À Lyon, c'est la guerre qui accélère l'essor des jardins publics : en 1916, sous le mandat d'Édouard Herriot, la pénurie alimentaire pousse la Ville à mettre des terrains vacants à disposition des « pères de famille », une proposition portée par le secrétaire du syndicat des typographes. Un arrêté municipal de 1922 fixe le loyer des parcelles à dix centimes le mètre carré, pour un total annuel de 1 550 francs, avec un préavis de résiliation de quarante jours. La Fédération des jardins ouvriers municipaux, créée en 1920, impose même un modèle uniforme de cabanon, facturé entre 220 et 260 francs, comme le détaille l'inventaire du patrimoine culturel de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

D'autres sites témoignent de cette histoire dispersée sur tout le territoire métropolitain. À Gerland, la Cité jardin, dont une plaque murale rappelle qu'elle rassemble des « habitations ouvrières construites en 1924 », associait logement social et parcelles cultivables ; elle a fêté son centenaire l'an dernier, comme nous le racontions le 31 juillet. À La Mulatière, les jardins privés de la Fontanière, créés en 1938 par un certain monsieur Lebayle sur 8 000 m2 divisés en quarante parcelles, ont été gérés pendant la Seconde Guerre mondiale par l'Œuvre lyonnaise des jardins ouvriers, avant de passer sous gestion familiale puis d'être rachetés par un propriétaire privé en 2006 pour être restaurés selon une charte de biodiversité.

Ce foisonnement de statuts, communal, hospitalier ou privé, explique la survie inégale des sites face à la pression foncière. Le plan local d'urbanisme de la métropole a fini par classer certaines parcelles, comme celles de la Fontanière, en zone naturelle réservée aux jardins familiaux, leur offrant une protection que le seul usage n'aurait pas garantie.

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