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Rows of glass apothecary jars filled with colorful liquids.

Culture

Lyon d'hier — Des pots de faïence au Dôme des Quatre Rangs : trois siècles de pharmacie lyonnaise

Par rédaction Passage Lyonnais2 min de lecturePresqu'îleLyonPhoto by Fabian Kleiser on Unsplash

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Sous le Dôme des Quatre Rangs du Grand Hôtel-Dieu, trois cent vingt-sept pots de faïence peints s'alignent encore sur des rayonnages de noyer sculpté. Ce décor, presque intact depuis le XVIIe siècle, n'est pas une reconstitution : c'est l'ancienne apothicairerie de l'hôpital, aménagée vers 1673, qui a traversé les siècles à la même adresse, quai Jules-Courmont.

À Lyon, la pharmacie moderne est née dans les hôpitaux. Aux Hospices civils, l'apothicaire préparait onguents, pommades et décoctions pour les malades bien avant que le mot "pharmacien" n'entre dans l'usage courant. L'Hôpital de la Charité, alors situé sur la Presqu'île, possédait sa propre apothicairerie, dotée d'un décor et de boiseries jugés assez remarquables pour être classés monuments historiques dès le 14 avril 1904, aux côtés de la salle des archives de l'établissement. Quand l'hôpital fut démoli en 1934, ce classement sauva le mobilier : boiseries, pots et éléments décoratifs furent transférés à l'Hôtel-Dieu, où ils rejoignirent les collections du musée des Hospices civils de Lyon. L'ensemble de l'apothicairerie du Dôme des Quatre Rangs a lui-même reçu une triple protection au titre des monuments historiques : en 1958 pour les boîtes médicinales en bois peint, en 1964 pour la salle et ses boiseries, puis en 1984 pour la collection de pots de pharmacie anciens. Depuis l'ouverture de la Cité internationale de la gastronomie de Lyon en octobre 2019, ce décor est visible par le public dans l'enceinte même de l'ancien hôpital.

À quelques centaines de mètres, dans le Vieux Lyon, l'hôtel Gadagne conserve d'autres pots de pharmacie, datés du XVIe au XVIIIe siècle, témoins de l'imaginaire de l'apothicaire, héritier des prêtres antiques et ancêtre du pharmacien contemporain. Le musée d'histoire de Lyon relie aussi cette mémoire médicale aux grandes ambitions hygiénistes de la ville : une affiche de l'Exposition internationale urbaine de 1914, portée par le maire Édouard Herriot, plaçait déjà la question sanitaire au cœur du projet urbain lyonnais.

La recherche universitaire, elle, s'est installée hors du centre historique. Fondé en 1896 par le professeur de médecine légale Alexandre Lacassagne, d'abord quai Claude-Bernard, le musée d'histoire de la médecine et de la pharmacie a déménagé en 1930 sur le domaine Rockefeller, dans le 8e arrondissement, où il conserve pots anciens, boîtes de médicaments et instruments de laboratoire.

Côté commerce, la Presqu'île garde la trace de la pharmacie industrielle et bourgeoise du tournant du XXe siècle : la Grande Pharmacie Lyonnaise, au 22 rue de la République, sert la clientèle depuis 1908, quand l'axe commerçant issu de l'ancienne rue Impériale concentrait déjà les grandes enseignes de la ville.

Aucun inventaire exhaustif des officines lyonnaises protégées n'existe à ce jour, notait en 2006 la revue de la Société d'histoire de la pharmacie : les bases Mérimée et Palissy du ministère de la Culture restent le seul outil de recensement, incomplet, pour qui voudrait cartographier ce patrimoine dispersé entre hôpitaux, musées et devantures encore en activité.

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