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Face au phishing, les collégiens de la métropole apprennent à ne pas cliquer trop vite

Par rédaction Passage Lyonnais3 min de lectureSaint-Genis-LavalCHABERT Louis, CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons

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Sur l'écran, un message de livraison s'affiche : le colis ne rentrerait pas dans la boîte aux lettres, il suffit de cliquer sur un lien pour reprogrammer la remise. Dans la classe de 5e 2 du collège Jean-Giono, à Saint-Genis-Laval, une quinzaine de mains se lèvent quand Christophe Doré, formateur de l'association Fréquence écoles, demande si c'est une arnaque. La réponse, unanime, ne fait pas de doute pour ces élèves de treize ans. Mais le formateur insiste : repérer un piège grossier ne suffit pas, il faut aussi apprendre à douter d'une interface presque parfaite, celle d'un faux réseau social ou d'une fausse plateforme de streaming qui réclame un renouvellement d'abonnement.

Cette séance fait partie du programme Rezo, conçu par Fréquence écoles avec la Commission nationale de l'informatique et des libertés et déployé dans les collèges de la métropole de Lyon avec le soutien de la collectivité. Sanaa, treize ans, résume l'objectif à sa façon : la formation doit lui servir « pour ne pas faire d'erreurs ». Dans la classe, la méfiance domine déjà, mais elle porte davantage sur l'usurpation d'identité et le harcèlement que sur le vol de données bancaires, signe que les priorités des adolescents ne recoupent pas forcément celles des adultes qui les forment.

Pourquoi les jeunes adultes trinquent plus que leurs aînés

Les chiffres nationaux donnent du poids à cette pédagogie précoce. Selon une enquête Ipsos réalisée pour Cybermalveillance.gouv.fr en mai 2025 auprès de 2 000 personnes, 29 % des 18-34 ans déclarent avoir reçu un appel d'un faux conseiller bancaire, près de quatre fois plus que les 55-75 ans. Vingt pour cent d'entre eux disent aussi avoir été victimes d'un piratage de compte, contre 7 % chez leurs aînés. Autre écart révélateur : seuls 17 % des jeunes adultes touchés par une arnaque en ligne ont ensuite alerté leur banque ou leur fournisseur d'accès, contre 34 % chez les 55-75 ans. Des générations biberonnées aux écrans depuis l'enfance, mais pas nécessairement mieux armées pour réagir une fois le piège refermé.

À l'échelle de la métropole, le dispositif Rezo a lui aussi grossi. Trente collèges et 150 classes de 5e y ont participé au cours de l'année scolaire 2025-2026, contre 26 établissements et environ 3 800 élèves l'année précédente, selon les chiffres communiqués par la Métropole de Lyon. À l'échelle nationale, Fréquence écoles revendique plus de dix ans d'expérience, plus de soixante-dix établissements concernés au total et 50 000 adolescents sensibilisés depuis la création du programme. Une autre enquête, menée par la CNIL auprès de 130 collégiens et 600 parents et publiée en février 2025, avait par ailleurs établi que 79 % des enfants accèdent à un téléphone portable avant l'âge de onze ans, souvent bien avant d'avoir reçu la moindre information sur la protection de leurs données.

Une pédagogie qui mise sur les pairs plutôt que la leçon

La méthode retenue rompt volontairement avec le cours magistral. Depuis cette rentrée, ce ne sont plus seulement des intervenants extérieurs de Fréquence écoles qui animent les séances : l'association a formé des relais locaux, capables de poursuivre le travail dans la durée. À Saint-Genis-Laval, Elsa Horry, référente jeunesse à l'espace Info jeunes, et Frédéric Gayral, médiateur numérique à la médiathèque le B612, ont repris la suite. « C'est enrichissant et je peux faire le lien avec mon métier à la médiathèque », explique Frédéric Gayral, qui met en avant un atout que n'ont pas forcément les formateurs de passage : « Nous sommes des professionnels travaillant sur le territoire et les jeunes, parfois, nous connaissent déjà. » Christophe Doré défend la même logique de proximité : « Voir des adultes qui ne leur font pas la leçon, c'est primordial. »

Aucune opposition publique ne s'est exprimée à ce stade contre ce type de dispositif, largement consensuel dans son principe. La CNIL apporte toutefois une nuance documentée à cet optimisme. Son enquête de février 2025 sur les pratiques numériques adolescentes pointe des inégalités sociales, selon le genre et le milieu, dans la manière dont les jeunes s'approprient les outils de protection de leurs données : connaître les bons réflexes n'implique pas de les appliquer de la même façon partout. Un rappel que la généralisation d'un programme, même en forte croissance, ne gomme pas mécaniquement les écarts entre élèves.

Les ressources pédagogiques du programme, rassemblées sur la plateforme Le Commun Rezo, sont mises gratuitement à disposition des enseignants et des intervenants associatifs. Elles revendiquent aujourd'hui environ 4 000 professionnels inscrits à l'échelle nationale.

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