Passage Lyonnais
L'institut Lumière, dans le 8e arrondissement de Lyon.
This picture belongs to Xavier Caré, CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons

Culture

Festival Lumière : 450 séances, un budget qui rétrécit

185 000 festivaliers en 2025, mais une subvention métropolitaine amputée de 7,7 % : la 18e édition jongle entre records et austérité.

Par rédaction Passage Lyonnais4 min de lectureMonplaisirLyon
ÉvénementLyon et métropole (Halle Tony Garnier, Institut Lumière, Pathé Bellecour, Grand Hôtel-Dieu...)Voir l'agenda →

Sur la façade de la villa Lumière, rue du Premier-Film, la bannière rouge et blanche annonçant la 18e édition du festival flotte depuis plusieurs semaines. À l'intérieur, l'équipe de Thierry Frémaux vient de dévoiler le détail complet d'une programmation qui, cette année encore, déborde largement le cadre d'un simple hommage aux frères Coen. Du 10 au 18 octobre, près de 450 séances sont annoncées dans une cinquantaine de lieux de la métropole, de la Halle Tony Garnier aux salles de quartier, en passant par le Grand Hôtel-Dieu où le Village Cinéma a posé ses valises cette année, comme nous l'écrivions en juin.

À cette échelle, le festival ne se résume plus à ses têtes d'affiche. Après l'annonce de la venue de Zhang Ziyi pour la restauration 4K de Tigre et Dragon, présentée début septembre, l'Institut Lumière ajoute cinq autres invités de poids : Agnès Jaoui, attendue le 12 octobre à l'Auditorium pour une soirée consacrée au Goût des autres et à son nouveau film L'Objet du délit ; Todd Haynes, accompagné de sa productrice Christine Vachon pour présenter les restaurations de Poison et Safe ; la Libanaise Nadine Labaki, révélée par Caramel puis récompensée à Cannes pour Capharnaüm ; le Hongkongais Tsui Hark, figure de la Nouvelle Vague locale des années 1980 ; et Robert Eggers, qui animera une nuit entière à l'Institut Lumière le 16 octobre autour de The Witch, The Lighthouse et Nosferatu. Abel Ferrara complète la liste, venu défendre la parution de ses mémoires chez Séguier.

À ces invitations s'ajoutent cinq rétrospectives d'ampleur : le cinéaste italien Ettore Scola, le Canadien Norman Jewison, le communiste engagé Louis Daquin, l'âge d'or du cinéma grec des années 1950 avec la présence du réalisateur Panos Koutras, et un cycle consacré à sept réalisatrices longtemps restées dans l'ombre de l'histoire du cinéma, de la Brésilienne Gilda Abreu à la Hongroise Marta Mészaros. Le cinquantenaire de la mort d'André Malraux sera marqué par la projection de son unique film, Espoir, Sierra de Teruel, tourné pendant la guerre d'Espagne. Et la maison Pathé, fondée en 1896, sera célébrée en présence de Sophie et Jérôme Seydoux, ses dirigeants.

Un festival toujours plus dense, année après année

Cette densité n'est pas nouvelle, mais elle s'accélère. L'édition 2025, qui s'est tenue du 11 au 19 octobre, avait rassemblé 185 000 festivaliers, avec 137 000 billets édités pour les séances payantes, un record selon les chiffres communiqués par l'Institut Lumière. Le Village du festival avait à lui seul attiré 31 000 visiteurs autour de ses librairies et rencontres, et 10 000 spectateurs s'étaient accrédités, dont 6 500 avaient moins de 26 ans, signe d'un renouvellement générationnel du public que la direction du festival met régulièrement en avant.

Cette croissance a un coût. Le budget global du festival tournait autour de 4,3 millions d'euros en 2022, dernier exercice pour lequel une décomposition détaillée est publique. Les subventions publiques y représentaient environ 30 %, la billetterie et les accréditations 18 % (780 000 euros, en hausse de 37 % sur un an), et le mécénat privé, porté par plus de soixante-dix partenaires, près de 45 % des recettes. Un rapport de la Cour des comptes consacré à l'Institut Lumière relevait déjà en 2021 un modèle économique atypique dans le secteur culturel, moins dépendant des fonds publics que la moyenne des grandes institutions, tout en pointant des lacunes de gouvernance dans la gestion de ses filiales commerciales.

Ce que la Métropole a retranché sans le crier sur les toits

Car l'argent public, justement, se fait plus rare. En octobre 2025, la Métropole de Lyon avait annoncé une baisse de 7,7 % de sa subvention au festival, ramenant son enveloppe de 1,04 million à 960 000 euros, dans le cadre d'un plan de réduction des dépenses de fonctionnement lié à la chute des droits de mutation immobiliers et à un prélèvement inédit de l'État sur les finances locales. Le Festival Lumière n'était pas seul concerné : les Nuits de Fourvière avaient perdu 280 000 euros de dotation, les Biennales 200 000 euros, la Cité internationale de la gastronomie la totalité de son million d'euros de soutien, et le Musée des Confluences était passé de 13,4 à 13 millions d'euros. Au total, l'enveloppe métropolitaine consacrée aux subventions culturelles était tombée de 7,2 à 6,6 millions d'euros.

Lors du vote du budget 2025 de la Métropole, le 17 mars, l'élue Nathalie Perrin-Gilbert, du groupe Métropole en commun pourtant membre de la majorité, s'était abstenue et avait dénoncé des arbitrages qui traitaient selon elle la culture en simple variable d'ajustement budgétaire. Aucune mobilisation publique n'a en revanche ciblé spécifiquement le Festival Lumière depuis cette annonce, l'Institut Lumière n'ayant pas communiqué publiquement de contestation formelle de la décision. Cette pression budgétaire touche par ailleurs plus largement le secteur, comme nous le rapportions en juillet à propos des théâtres et compagnies de la métropole confrontés simultanément aux coupes de l'État et de la Région.

La billetterie complète du Festival Lumière 2026 est ouverte depuis le 11 septembre. La cérémonie de remise du Prix Lumière à Joel et Ethan Coen se tiendra le 16 octobre au Centre de congrès, précédée d'une master class au théâtre des Célestins.

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