Gaz hilarant : Saint-Priest à l'offensive, les HCL révèlent l'ampleur des dégâts cognitifs
« Le cerveau en compote » : Saint-Priest et les HCL unissent leurs voix contre le protoxyde d'azote
La convergence est saisissante. Alors que la Ville de Saint-Priest lançait le 10 juin une vaste campagne de sensibilisation au protoxyde d'azote, les Hospices Civils de Lyon publiaient les résultats d'une étude alarmante sur les séquelles cognitives de ce gaz, dit « hilarant », chez les jeunes consommateurs. Deux initiatives qui dessinent ensemble la réponse locale à un phénomène de santé publique en pleine expansion.
Ce que dit la science des HCL
Menée dans le cadre de la thèse de médecine d'Alice Mignaval, interne en médecine physique et de réadaptation, et co-dirigée par la Pre Sophie Jacquin-Courtois, l'étude des HCL porte sur 66 patients suivis jusqu'à fin mai 2026. Le chiffre le plus frappant : 100 % des patients présentent un ralentissement cognitif significatif, mesuré par le test SDMT. Ces jeunes adultes, âgés en moyenne de 23 à 28 ans, obtiennent des scores très inférieurs aux normes de leur tranche d'âge.
La consommation médiane s'établit à 20,5 bonbonnes par semaine, avec une disparité de genre notable : les femmes consomment en moyenne 30 bonbonnes hebdomadaires, contre 14 pour les hommes. « Près de 75 % des patients expriment une plainte cognitive subjective importante », précise Alice Mignaval. Troubles de la mémoire immédiate, difficultés d'organisation, lenteur de traitement de l'information, mais aussi ataxie, troubles de l'équilibre et parfois incontinence : le tableau clinique est sévère.
L'addictologue Christophe Riou, du Groupement Hospitalier Est et co-auteur, pointe un défi particulier : « beaucoup de patients sont "perdus de vue" après quelques mois », alors même qu'une récupération reste possible grâce à la plasticité cérébrale des jeunes, à condition d'un arrêt total du produit. Les HCL structurent désormais une filière tripartite associant neurologie, addictologie et médecine de réadaptation.
Saint-Priest mobilise jeunes et familles
Face à cette réalité, Saint-Priest ne reste pas les bras croisés. La Ville, en lien avec le service Promotion de la santé du CCAS, a déployé une campagne d'affichage choc sous le slogan « Protoxyde d'azote, le cerveau en compote ». Le Conseil municipal des jeunes (CMJ) sera formé dès la rentrée par des professionnels de santé pour produire un clip de sensibilisation diffusé sur les réseaux sociaux et les espaces numériques de travail des collèges et lycées.
Une conférence grand public réunissant soignants et police municipale est prévue le 18 novembre au Théâtre Théo Argence. L'outil pédagogique « protoxymètre », déclinaison du « violentomètre », sera utilisé cet été lors d'animations de proximité. Saint-Priest avait adopté un arrêté municipal dès 2021 interdisant la vente aux mineurs et la consommation sur la voie publique.
Un contexte législatif national qui se durcit
Ces initiatives locales s'inscrivent dans un durcissement national. Le 29 janvier 2025, l'Assemblée nationale avait adopté en première lecture une proposition de loi réservant la vente de protoxyde d'azote aux seuls professionnels. Le projet de loi RIPOST, déposé au Sénat le 25 mars 2026 par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, prévoit des sanctions inédites : jusqu'à un an d'emprisonnement et 3 750 euros d'amende pour inhalation hors cadre médical, et trois ans de prison pour conduite sous emprise. L'urgence est réelle : plus de 450 incidents graves ont été recensés en France en 2025, soit quarante fois plus qu'il y a six ans. Dans la Métropole de Lyon, plusieurs tonnes de bouteilles ont été ramassées sur la voie publique en 2025.
Drogues Info Service : 0 800 23 13 13 (7j/7, 8h-2h). Urgence médicale : 15 ou 18.
Sources
Ville de Saint-Priest
Protoxyde d'azote : la Ville passe à l'actionHospices Civils de Lyon
Protoxyde d'azote : soins des atteintes cognitives et fonctionnelles
