
Scène indé — Grrrnd Zero, l'ancienne papeterie de Vaulx-en-Velin qui a survécu à trois expulsions
Né en 2004 à Gerland, chassé trois fois, le collectif autogéré tient depuis 2014 une ancienne papeterie de Vaulx-en-Velin sans salarié ni loyer.
Au 60 avenue de Böhlen, derrière une façade industrielle sans enseigne, une porte métallique s'ouvre sur un hangar où les basses font vibrer les tôles. Ce soir-là, comme presque chaque semaine, un bénévole tient la caisse en cash, prix libre encouragé mais jamais imposé : au Grrrnd Zero, on ne refuse personne pour manque d'argent.
Le collectif est né en septembre 2004, d'abord installé rue Clément-Marot puis rue du Pré-Gaudry, dans le quartier de Gerland à Lyon, sur d'anciens sites industriels. L'histoire s'écrit alors en expulsions : une première en février 2005, une seconde en 2013 quand les usines Brossette ferment définitivement leurs portes au collectif. Après un an d'incertitude administrative entre la Ville de Lyon et la Métropole, Grrrnd Zero migre en 2014 vers une ancienne papeterie de Vaulx-en-Velin, comme le racontait Rue89Lyon en 2019. Il faudra encore cinq ans de travaux et de démarches pour que la salle obtienne son autorisation officielle d'accueil du public, en 2019.
La salle principale, insonorisée, affiche aujourd'hui une jauge de 500 personnes. Autour, le site héberge aussi des ateliers de risographie et de sérigraphie, un atelier bois-métal et des studios de répétition et d'enregistrement loués à des groupes et associations. Le collectif vise autour de cent concerts par an, contre 100 à 120 lors des années Gerland, selon les propos de ses membres recueillis par le Petit Bulletin.
Aucun salarié ne travaille pour Grrrnd Zero : la structure fonctionne de façon collégiale, sans président, par réunions hebdomadaires réunissant entre huit et trente personnes selon les semaines. Le noyau dur compte une quinzaine de personnes, les contributeurs réguliers une cinquantaine, et le cercle plus large des habitués dépasse la centaine, toujours selon cette même source. Chaque soirée est confiée à un référent différent, qui touche l'intégralité de la billetterie et la moitié des recettes du bar.
Côté finances, la Ville de Lyon avait voté en novembre 2013 une subvention de 300 000 euros pour financer les travaux, estimés à 1,6 million d'euros au total ; seul un premier tiers, 100 000 euros, avait alors été versé. Le collectif a toujours refusé le principe d'un loyer, s'opposant notamment à une proposition du Grand Lyon d'environ 50 000 euros annuels lors des négociations de la convention d'occupation. L'accord finalement signé avec Vaulx-en-Velin et la Métropole porte sur une occupation à titre gratuit, initialement fixée sur six ans à compter de 2014.
Sans salaire à verser chaque mois, le collectif dit ne pas subir de contrainte financière directe, mais son modèle repose entièrement sur l'engagement bénévole et la reconduction, convention après convention, d'un accord d'occupation qui reste à chaque échéance à renégocier avec les collectivités.


