Îlot Milan : la justice ordonne l'expulsion de 280 femmes et enfants, sans solution de relogement
Quarante appartements vides depuis des années dans un angle mort du chantier permanent de la Part-Dieu : c'est là, au bâtiment B11 de l'îlot Milan, dans le 3e arrondissement, que 280 personnes vivent depuis le 6 mars. Près de 70 sont des enfants, dont cinq de moins de trois ans selon les associations qui les accompagnent. Le 31 août, le tribunal judiciaire de Lyon a ordonné la libération des lieux et, à défaut, l'expulsion de leurs occupants. La décision peut désormais s'exécuter à tout moment.
Dans un communiqué diffusé le 4 septembre, la Métropole de Lyon, propriétaire du bâtiment, présente cette ordonnance comme une victoire juridique et sanitaire plutôt que comme une expulsion ordinaire. Les expertises versées à la procédure ont mis en évidence des installations électriques dangereuses, des risques de chute d'éléments du bâti et des risques sanitaires que la collectivité qualifie de critiques. Le juge, cité dans le communiqué, estime que le maintien des familles dans l'immeuble ne peut être toléré au nom du droit au logement, compte tenu du "caractère mortifère des risques" constatés. "Nous avons pris nos responsabilités en saisissant la justice", a réagi Véronique Sarselli, présidente de la Métropole depuis mars. "La protection des personnes vulnérables ne peut consister à les maintenir dans un lieu qui met leur sécurité et leur santé en danger."
Ce que le communiqué de la Métropole ne dit pas du relogement
À aucun moment le communiqué n'indique où les 280 occupants doivent aller après leur départ. C'est précisément ce que leur reproche le collectif Solidarité femmes à la rue, à l'origine de l'occupation avec le soutien de Jamais sans toit et Nous toutes Rhône : une expulsion validée sur le fondement de la sécurité, mais sans qu'aucune place d'hébergement d'urgence n'ait été proposée en échange. Le collectif accuse par ailleurs la collectivité de vouloir vider l'immeuble avant une démolition liée au réaménagement du secteur Milan, dans le cadre du projet urbain de la Part-Dieu, tout en affirmant qu'aucun permis de démolir n'aurait pour l'instant été déposé. La Métropole n'a pas communiqué sur ce point précis.
Le dossier est aussi le premier test grandeur nature de la nouvelle majorité de droite Grand Cœur lyonnais, élue en mars 2026 autour de Véronique Sarselli et Jean-Michel Aulas. L'occupation du bâtiment s'était installée sans réaction notable de la part de l'ancienne exécutive écologiste, qui achevait alors son mandat. C'est l'équipe suivante qui a saisi la justice pour obtenir l'évacuation, ce qui en fait, selon les associations, la première expulsion de squat menée directement par la Métropole de Lyon contre son propre patrimoine immobilier.
La situation à Milan n'est pas un cas isolé. Selon le baromètre "enfants à la rue" publié par la Fédération des acteurs de la solidarité et l'Unicef France, 2 159 enfants, dont 503 de moins de trois ans, sont restés sans solution d'hébergement après un appel au 115 la nuit précédant la rentrée scolaire 2025, soit 6 % de plus qu'en 2024 et 30 % de plus qu'en 2022, malgré l'objectif gouvernemental de "zéro enfant à la rue" fixé en 2022. L'Auvergne-Rhône-Alpes figure parmi les régions les plus touchées par cette saturation, aux côtés de l'Île-de-France, des Hauts-de-France et de l'Occitanie.
Un rapport de force qui continue après le jugement
Le 4 septembre, jour même de la publication du communiqué métropolitain, plusieurs centaines de personnes ont défilé de la place de Milan jusqu'au siège de la Métropole à l'appel du collectif. Une pétition de soutien, lancée en août, avait recueilli environ 1 200 signatures à la veille du rassemblement. Les manifestants réclamaient trois choses : une rencontre avec l'exécutif métropolitain, des propositions concrètes de relogement, et un délai avant toute exécution de la décision de justice. "Cette décision nous condamne à la rue", a résumé le collectif dans un communiqué relayé avant la manifestation.
Les occupantes, de leur côté, font valoir que le bâtiment, aussi dégradé soit-il, leur offrait une forme de protection collective face à la rue, notamment pour les enfants. Une coupure d'électricité était survenue fin mai, avant que les conditions de vie ne se détériorent encore selon les témoignages recueillis par les associations sur place. Aucune opposition organisée à l'expulsion ne s'est en revanche exprimée du côté des riverains ou des commerçants du secteur, où le projet de renouvellement urbain de la Part-Dieu est engagé depuis plusieurs années.
Une rencontre entre la Métropole et le collectif est programmée le 8 septembre. À cette date, aucune solution de relogement n'avait été annoncée pour les 280 personnes concernées.
Sources
Métropole de Lyon (espace presse)
Îlot Milan : la justice ordonne la libération d'un bâtiment présentant des risques graves pour la sécurité de ses occupants