La flotte de la Navigône au complet avec l'arrivée du Canut, quatrième catamaran électrique
La ligne fluviale Navigône a franchi une étape symbolique le jeudi 4 juin 2026 : le Canut, quatrième et dernier catamaran électrique de la flotte, a été réceptionné par TCL sous une pluie battante. La flotte OCEA Waterbus 21 est désormais complète, un peu moins d'un an après le lancement commercial du service, le 18 juin 2025, qui marquait le retour du transport fluvial public à Lyon après plus d'un siècle d'absence.
Avec ce dernier exemplaire, la ligne Navigône — qui relie Vaise-Industrie à Confluence sur 6,2 km, avec quatre haltes intermédiaires — peut désormais atteindre sa fréquence cible : un passage toutes les 15 minutes aux heures de pointe, et toutes les 30 minutes en heures creuses et le week-end. Le Canut rejoint ainsi « Le Gone », « La Fenotte » (arrivés à l'automne 2025) et « La Soyeuse », réceptionnée le 28 mai dernier. Chaque catamaran, construit aux Sables-d'Olonne par le chantier naval OCEA, a coûté 4,2 millions d'euros, pour un budget total de projet estimé à 26 millions d'euros selon SYTRAL. La ligne bénéficie du soutien de l'État, de Voies navigables de France (VNF) et de l'ADEME, et s'intègre dans la tarification TCL standard.
L'ambition affichée est d'attirer 560 000 passagers par an. Un chiffre que Rue89 Lyon juge ambitieux au regard de l'expérience du Vaporetto privé, qui n'avait enregistré qu'environ 180 000 passagers annuels, essentiellement des touristes. La vitesse commerciale du service, fixée à 9,2 km/h, soulève également des interrogations : à ce rythme, « les Lyonnais pressés vont sans doute privilégier d'autres moyens de transport », notait déjà Rue89 Lyon au lancement, décrivant le service comme « mi-transport public, mi-attraction touristique ».
D'autres fragilités ont été pointées. Si la flotte est présentée comme 100 % électrique, la phase de montée en charge 2025-2026 a impliqué le recours temporaire à des bateaux thermiques, nuançant le bilan environnemental du projet. Par ailleurs, la navette a déjà dû être suspendue lors d'épisodes de hautes eaux sur la Saône, soulevant des questions de fiabilité hivernale qui n'ont pas encore fait l'objet d'une évaluation publique. Enfin, un précédent alimente la prudence : une expérimentation de catamaran hybride entre Perrache et Vaise, annoncée avec financement confirmé, n'a jamais été mise en œuvre, sans que les raisons n'aient été documentées officiellement.
Ce retour du transport fluvial s'inscrit dans une longue histoire : Lyon a disposé de bacs et de services de bateaux sur le Rhône et la Saône jusqu'au début du XXe siècle, avant que l'essor de l'automobile et du tramway terrestre ne les rende obsolètes. La Navigône renoue donc avec cette tradition, dans un contexte où la Métropole cherche à diversifier ses modes de transport et à valoriser ses cours d'eau. Les prochains mois diront si la fréquentation confirme les projections ou si le service reste cantonné à un rôle de vitrine écologique et touristique.
Sources
TCL Actualités
Juin 2026 : Et de 4, bienvenue à le Canut !