La mosaïque Cisiriana, retour à la maison après 55 ans d'exil
Il aura fallu plus d'un demi-siècle pour qu'une mosaïque retrouve son village. Découverte en février 1971 sur le terrain de la famille Guyard, à Sérézin-du-Rhône, à une vingtaine de kilomètres au sud de Lyon, la mosaïque dite Cisiriana ornait le sol d'une salle de réception d'une villa gallo-romaine habitée pendant trois siècles, non loin de la voie antique reliant Vienne à Lyon. Datée de la seconde moitié du IIe siècle après Jésus-Christ, l'œuvre déploie sur près de 43 m² deux compositions géométriques en noir et blanc, aux motifs raffinés qui témoignent de l'aisance des propriétaires de l'époque.
Donnée au Département du Rhône en 2007, elle avait quitté le village pour le musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal, où l'Atelier de restauration de mosaïques et d'enduits peints l'a restaurée entre 2007 et 2010. Restait à lui trouver une destination. C'est désormais chose faite : la mosaïque est installée depuis l'été 2025 sur la façade est de l'Espace Jean Monnet, en plein cœur de Sérézin-du-Rhône, dans un écrin conçu pour la protéger tout en la rendant visible de tous.
Ce retour n'avait rien d'automatique. Il résulte, selon la Ville de Lyon, d'un « long cheminement » associant élus locaux, partenaires institutionnels, associations et habitants, autour d'une même volonté : redonner sa place à cet héritage gallo-romain plutôt que de le laisser dormir dans les réserves d'un musée. Le financement, lui, montre les limites de l'exercice. La Fondation du patrimoine, qui a piloté une campagne de mécénat pour ce projet, visait 90 000 euros ; elle a récolté 27 890 euros de dons auprès des particuliers et 26 500 euros de soutiens complémentaires, soit environ 54 400 euros au total, sous la barre de l'objectif initial. Un écart qui rappelle la fragilité économique de ce type de sauvegarde patrimoniale, souvent tributaire de la générosité locale autant que des collectivités.
Sérézin-du-Rhône, commune de 2 500 habitants nichée à la confluence de l'Ozon et du Rhône, fait partie des douze territoires ruraux du bassin de vie lyonnais liés à la Ville de Lyon par un contrat de réciprocité, censé redynamiser les échanges entre métropole et campagne autour de projets partagés. La mosaïque en est un exemple concret : accessible en un quart d'heure de TER depuis la gare Jean-Macé, le village se prête à une sortie d'une demi-journée, entre balade champêtre et plongée dans la vie quotidienne d'une élite gallo-romaine installée aux portes de Lugdunum.
Reste à voir si d'autres communes du bassin lyonnais, dépositaires de vestiges similaires encore conservés loin de leur lieu de découverte, suivront cette voie du retour au pays.
Sources
Mairie de Lyon
Idée visite : la mosaïque Cisiriana à Sérézin-du-Rhône