Passage Lyonnais
Le Palais du Pharo à Marseille, qui a accueilli le 77e Congrès mondial des médias d'information du 1er au 3 juin 2026

Société

Le congrès mondial des médias se referme à Marseille : l'IA en obsession, et un écho jusqu'à la presse lyonnaise

Par Loris AndaloroPhoto : Loris Andaloro / Unsplash

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Trois jours de débats, une question qui revient sans cesse : comment vivre à l'ère de l'IA

Le 77e Congrès mondial des médias d'information s'est refermé ce 3 juin au Palais du Pharo, après trois jours qui auront réuni plus de 1 000 professionnels venus de 66 pays. De l'attaque inaugurale d'A.G. Sulzberger contre le « vol » des contenus par l'IA (lire notre article du 1er juin) à la volonté des éditeurs de bâtir un « front commun » face aux plateformes (lire notre article du 2 juin), une même obsession aura traversé l'édition marseillaise : la place de l'intelligence artificielle dans l'avenir économique de la presse.

Une dernière journée tournée vers la stratégie

La clôture a fait la part belle aux modèles de demain : une plénière menée avec Microsoft sur la façon dont les assistants IA rebattent les cartes de la distribution de l'information, la présentation de l'Innovation in Media World Report 2026 par Juan Señor, ou encore une session sur les stratégies pluriannuelles à tenir dans un secteur qui change plus vite que les budgets. La grande finale a réuni Goli Sheikholeslami (Politico) et Rainer Esser (Holtzbrinck, Die Zeit).

Xavier Niel, visage français de la journée

Temps fort très attendu côté français : un entretien avec l'entrepreneur Xavier Niel, animé par Lisa MacLeod (FT Strategies). Fondateur du groupe de télécoms Iliad, Niel est aussi un investisseur majeur de la presse française, avec des participations dans Le Monde, Le Nouvel Obs, Télérama, Courrier International ou encore Nice-Matin.

Un fil rouge jusqu'à la presse lyonnaise

C'est peut-être le lien le plus direct avec notre territoire. Parmi les intervenantes de la session sur les stratégies pluriannuelles figurait Sophie Gourmelen, présidente du groupe Ebra — le premier groupe de presse quotidienne régionale de France, qui édite Le Progrès à Lyon, aux côtés de huit autres titres de l'est du pays (Le Dauphiné libéré, L'Est Républicain, Les Dernières Nouvelles d'Alsace…).

Ebra revendique près de 800 000 exemplaires vendus chaque jour et environ 20 millions de lecteurs touchés chaque mois au numérique, et a été le premier groupe de presse français certifié JTI (Journalism Trust Initiative) par Reporters sans frontières. Que la patronne du quotidien lyonnais débatte à Marseille des mêmes enjeux — IA, transformation numérique, rajeunissement du lectorat — rappelle que ces questions mondiales se jouent aussi dans les rédactions de la région.

Les Digital Media Awards 2026

La veille au soir, la WAN-IFRA a récompensé les lauréats mondiaux de ses Digital Media Awards, choisis parmi 811 candidatures réparties en douze catégories. Parmi les projets distingués : Crime World de Mediahuis Ireland (relance de site/app), Indicator au Canada (lutte contre la désinformation), AI LINK du Seoul Economic Daily (meilleur produit éditorial fondé sur l'IA), The AI Shift du Financial Times (meilleure newsletter), ou encore Winning the Young Ones du suédois NTM (stratégie d'abonnement). Signe de l'époque, la catégorie « meilleur créateur d'information émergent » a récompensé des projets indépendants, comme Dave Jorgenson Goes Independent (Local News International, États-Unis) pour l'engagement des audiences.

Cap sur Stockholm en 2027

Avant de quitter Marseille, la WAN-IFRA a annoncé la prochaine étape : le Congrès mondial des médias 2027 se tiendra à Stockholm, en juin, avec les groupes Bonnier News et Amedia comme partenaires stratégiques.

IA : le salut et l'ennemi à la fois

Au terme de ces trois jours, une impression domine : l'intelligence artificielle apparaît à la presse comme son salut autant que son ennemi. Salut, parce qu'elle promet de nouveaux formats, de nouveaux publics et des gains de productivité dont les rédactions ont besoin. Ennemi, parce qu'elle aspire les contenus sans toujours les rémunérer et menace de s'interposer entre les journaux et leurs lecteurs. Le secteur a déjà vécu un tel vertige : c'était face à Internet, à la fin des années 1990. Reste à savoir si, cette fois, la profession saura négocier le virage sans répéter les erreurs d'alors.

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