
Le Rhône résiste à la sécheresse, mais son débit chute de 40%
Le débit du Rhône a chuté de 40% cet été, tandis qu'un projet de barrage de CNR sur le Haut-Rhône divise associations et pêcheurs.
Un débit inférieur de 40% aux niveaux médians de saison : c'est le chiffre que la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) met en avant pour décrire l'état du fleuve après un été marqué par des canicules à répétition. Malgré cette tension, le Rhône reste, selon le gestionnaire, l'un des rares grands fleuves européens à conserver un tirant d'eau garanti de 3 mètres sur tout son linéaire navigable, quand le Rhin affichait cet été à peine 27 centimètres à certains points de mesure, contre 140 centimètres habituellement.
La sécheresse n'a pas épargné le département. Un arrêté préfectoral du 10 août a placé les bassins versants de la moitié ouest du Rhône en situation de crise, le niveau le plus sévère, avec interdiction d'arroser jardins et espaces verts en journée, de remplir les piscines privées ou de laver les véhicules. L'axe de la Saône reste en alerte renforcée. Les prélèvements agricoles directement effectués dans le Rhône, eux, échappent à ces restrictions, tout comme l'abreuvement des animaux.
Cette exception agricole illustre la mission historique de CNR : concilier production hydroélectrique, navigation et irrigation sur une même ressource, de plus en plus disputée d'une année sur l'autre. Quand l'hydroélectricité recule faute d'eau, l'entreprise met en avant la compensation apportée par son parc solaire et éolien, présenté comme un filet de sécurité énergétique.
Le fleuve sert aussi de réserve pour la lutte contre les incendies : CNR a identifié des zones d'écopage utilisées cet été par les canadairs engagés dans le sud de la France.
Cette gestion ne fait toutefois pas consensus. Sur le Haut-Rhône, un projet de barrage hydroélectrique porté par CNR, chiffré à environ 20 millions d'euros et à un bilan carbone estimé par l'entreprise elle-même à plus de 250 000 tonnes de CO2 équivalent, est combattu par plusieurs associations, dont la LPO Auvergne-Rhône-Alpes, France Nature Environnement et la fédération régionale de pêche. Elles rappellent que seuls 25 des 545 kilomètres du Rhône français, soit moins de 5%, coulent encore dans leur lit naturel sans aménagement, et jugent le rapport entre impact environnemental et gain énergétique disproportionné.
La sécurité aux abords du fleuve reste par ailleurs un point de vigilance permanent pour l'exploitant : CNR a recensé 400 comportements à risque près de ses barrages sur les dix dernières années, du fait des lâchers d'eau soudains en aval des ouvrages. Un centre de supervision de la ressource en eau, destiné à donner une vision globale des prélèvements sur le bassin, est actuellement à l'étude chez CNR.
Sources
Compagnie Nationale du Rhône (CNR)
La résilience du fleuve Rhône face aux canicules et à la sécheresse


