Les carnets de tatouages d'Alexandre Lacassagne, pionnier lyonnais de la criminologie, enfin dévoilés
Crus perdus par des générations de chercheurs, les carnets de tatouages d'Alexandre Lacassagne ont été présentés ce vendredi 29 mai à la communauté universitaire. Ces volumes du célèbre médecin légiste lyonnais, fondateur de l'école lyonnaise de criminologie, sont aujourd'hui conservés à la bibliothèque universitaire de santé Rockefeller, après une redécouverte qui a suscité un vif intérêt bien au-delà de Lyon. La particularité de l'histoire : ces archives recherchées dans le monde entier n'avaient en réalité jamais quitté les murs de la faculté de médecine.
Une redécouverte au cœur de la faculté
Le fil de l'histoire remonte à 2017, lors du baptême d'une promotion d'étudiants nommée en l'honneur d'Alexandre Lacassagne. C'est à cette occasion que les carnets refont surface. Ils étaient en réalité conservés depuis des années par Liliane Daligand, professeure émérite de médecine légale, qui les avait gardés précieusement sans avoir conscience qu'ils étaient à ce point convoités par les spécialistes.
Au gré des déménagements successifs de son service, les volumes ont voyagé entre les sites Rockefeller et Laennec, sans jamais sortir de l'institution. En 2023, ils ont été officiellement remis à la bibliothèque universitaire, puis restaurés par la Bibliothèque nationale de France (BnF) et numérisés sur Gallica, dans le cadre d'un partenariat avec la bibliothèque de l'université Claude Bernard Lyon 1. L'université a saisi l'occasion pour retracer la vie et l'œuvre de ce pionnier.
Qui était Alexandre Lacassagne
Né à Cahors en 1843 et mort à Lyon en 1924, Alexandre Lacassagne a été l'une des grandes figures de la médecine légale française. Médecin militaire de formation, il occupe la chaire de médecine légale de la faculté de Lyon de 1880 à 1913 et y fait de la ville la capitale française de la criminologie de la fin du XIXe siècle.
Il est le fondateur de l'école lyonnaise d'anthropologie criminelle, principale rivale de l'école italienne de Cesare Lombroso. Là où ce dernier voyait un « criminel-né », Lacassagne insistait sur le poids du milieu social, résumé par sa formule restée célèbre : « les sociétés ont les criminels qu'elles méritent ». Expert dans de grandes affaires de son temps et maître du non moins fameux Edmond Locard, il a partagé sa carrière entre l'université, la prison où il observait les condamnés, et les populations marginales de l'époque.
Des tatouages relevés sur la peau
C'est auprès des bataillons d'Afrique, en Algérie, lors de ses séjours militaires des années 1870, que naît l'intérêt de Lacassagne pour le tatouage. Les sept carnets rassemblent ainsi près de 864 motifs, relevés à la fin du XIXe siècle directement sur la peau des bagnards et des soldats, puis classés méthodiquement par thèmes : attributs militaires, dessins érotiques, emblèmes professionnels, ancres de marine ou cœurs percés.
Les carnets de tatouages présentés à la bibliothèque universitaire. Photo Loris Andaloro.
Au-delà du dessin, ce travail documentaire s'étendait aussi aux mots et aux expressions d'argot de ces populations, faisant de l'ensemble un témoignage anthropologique et médico-légal unique sur les marges de la société du XIXe siècle.
Désormais accessibles au public et en ligne, ces carnets éclairent d'un jour nouveau le patrimoine scientifique lyonnais et le regard, à la fois savant et profondément humain, qu'un médecin portait il y a plus d'un siècle sur celles et ceux que la société tenait à l'écart.

