Mal-logement : la Fondation pour le Logement alerte sur l'aggravation à Lyon
Une demande qui explose, une offre qui s'effondre
C'est un constat sans appel que la Fondation pour le Logement — l'ancienne Fondation Abbé Pierre — est venue livrer aux élus de la métropole. Réunie le 10 juin à Villeurbanne avec une douzaine d'élus locaux, l'agence Auvergne-Rhône-Alpes a présenté son éclairage régional sur l'état du mal-logement. Le diagnostic est celui d'une crise qui s'installe et s'aggrave.
Premier signal d'alarme : la demande de logement social a bondi de 36 % entre 2019 et 2026 dans la région. Dans le même temps, les attributions reculent et les délais d'attente se comptent désormais en années. À l'échelle de la métropole de Lyon, le décalage est vertigineux — des dizaines de milliers de ménages se disputent un volume de logements attribués chaque année très inférieur aux besoins.
Côté production, le moteur s'est grippé. La région n'a mis en chantier que 33 100 logements neufs en 2025, contre 50 600 en 2019 : un repli historique, qui concerne particulièrement le logement abordable. La production de logements sociaux a chuté d'environ un tiers depuis le milieu des années 2010, et les logements très sociaux (PLAI), les seuls réellement accessibles aux ménages les plus pauvres, ne représentent qu'une part minoritaire des constructions — alors que la majorité des demandeurs ont des revenus inférieurs au plafond correspondant.
« On exclut les personnes en situation de pauvreté »
Pour la Fondation, l'équation est devenue intenable. « On exclut les personnes en situation de pauvreté du logement social », résume Vanessa Brossard, directrice de l'agence régionale, qui pointe l'écart croissant entre le niveau des loyers et les revenus des ménages modestes. Dans le parc privé, certains foyers consacrent désormais l'essentiel de leurs ressources à se loger, jusqu'à des taux d'effort que l'association juge insoutenables.
Conséquence directe de cette asphyxie : la précarité résidentielle gagne du terrain. La Fondation estime à 22 500 le nombre de personnes privées de logement personnel dans la seule métropole de Lyon — hébergées chez des tiers, accueillies en structures d'urgence ou vivant en habitat de fortune (tentes, cabanes, véhicules). La part de ses propres aides consacrées aux impayés de loyer dans le parc social a, elle, fortement progressé ces dernières années, signe que même les locataires du social décrochent.
Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation, met en cause un « manque de volonté politique » national, alors que les arbitrages budgétaires successifs ont réduit les moyens dédiés à la construction et à l'hébergement.
Les élus locaux en première ligne
Si les grands leviers — financement du logement social, encadrement des loyers, fiscalité — relèvent largement de l'État, la Fondation est venue rappeler aux élus métropolitains qu'ils disposent eux aussi de marges de manœuvre : mobilisation du foncier, soutien aux bailleurs sociaux, prévention des expulsions, accueil des plus vulnérables. À quelques mois des municipales, la question du logement s'annonce comme l'un des dossiers brûlants de la prochaine mandature locale.
Le message de la Fondation, lui, reste constant depuis l'appel originel de l'abbé Pierre : sans relance massive du logement réellement abordable, la fracture continuera de se creuser entre ceux qui peuvent se loger et ceux que le marché laisse sur le bord du chemin.
Sources
Fondation pour le Logement
La Fondation pour le Logement alerte sur l'aggravation du mal-logement en Auvergne-Rhône-AlpesFondation pour le Logement
La Fondation pour le Logement des Défavorisés
