
Moustique tigre : la région lyonnaise face à une saison record, 85 cas de dengue dans le Rhône
Bzz… le moustique tigre colonise toujours plus la métropole
L'été n'a pas encore commencé que les chiffres donnent déjà le tournis. En 2026, l'Aedes albopictus — le moustique tigre — est implanté dans la totalité des 12 départements d'Auvergne-Rhône-Alpes et dans 1 328 communes de la région, contre 1 192 deux ans plus tôt et quelques centaines à peine il y a une décennie. Selon les relevés régionaux, près de 80 % des habitants vivent désormais dans une zone colonisée. Côté maladies, l'Agence régionale de santé (ARS) a recensé 269 cas de dengue signalés cette saison en Auvergne-Rhône-Alpes, dont 85 dans le seul Rhône — des signalements majoritairement importés par des voyageurs, qui placent le département parmi les plus exposés de la région.
L'insecte, rayé noir et blanc, ne mesure que 5 millimètres mais il inquiète de plus en plus les autorités sanitaires. Contrairement à son cousin commun, il pique en plein jour, sans bruit, et peut transmettre la dengue, le chikungunya et le virus Zika. Le mécanisme est bien documenté : le moustique pique un voyageur infecté de retour de zone tropicale, puis peut transmettre le virus à d'autres personnes autour de lui. Trois foyers de transmission autochtone — c'est-à-dire sans voyage à l'étranger — ont déjà été confirmés dans la région (2019, 2023 et 2024), preuve que le risque n'est plus seulement importé.
La surveillance renforcée de l'ARS est active du 1er mai au 30 novembre. À Mions, commune de la Métropole de Lyon, une expérimentation inédite dans le département est en cours : la technique dite de « l'insecte stérile ». Chaque semaine, quelque 200 000 mâles stérilisés en laboratoire (par exposition aux rayons X) sont relâchés ; inoffensifs et incapables de piquer, ils s'accouplent avec les femelles sauvages, qui ne pondront alors que des œufs non viables. Le programme prévoit une montée en charge sur la période 2026-2028, jusqu'à plusieurs millions de moustiques relâchés par an — une piste biologique qui évite le recours aux insecticides.
Les gestes citoyens, première ligne de défense
Car les experts s'accordent sur un point : les produits chimiques n'offrent pas de solution durable. L'ARS et les collectivités rappellent que la lutte repose d'abord sur la suppression des gîtes larvaires, ces contenants d'eau stagnante où la femelle pond jusqu'à 150 œufs tous les 4 à 5 jours. Coupelles de pots de fleurs, pneus, bâches, jouets oubliés dans le jardin, bidons mal fermés : en quelques jours seulement, une flaque suffit à produire une nouvelle génération d'adultes. Le moustique tigre ne s'éloigne pas à plus de 150 mètres de son lieu de naissance, ce qui signifie que si vous en croisez un chez vous, il est né dans votre environnement immédiat.
Des voix critiques sur la gestion publique
Malgré les appels répétés à la mobilisation citoyenne, des associations de riverains et plusieurs élus locaux dénoncent un manque de moyens alloués à la démoustication dans les espaces publics. Certains entomologistes soulignent également que le réchauffement climatique prolonge la saison active du moustique et accélère la colonisation de nouveaux territoires, rendant les campagnes de prévention insuffisantes si elles ne s'accompagnent pas d'une politique de réduction des îlots de chaleur urbains — un sujet sur lequel la Métropole de Lyon est encore en chantier.
Que faire concrètement ?
D'avril à octobre, l'ARS recommande une inspection hebdomadaire des extérieurs : vider, retourner ou couvrir tous les récipients susceptibles de recueillir de l'eau, vérifier les gouttières et changer l'eau des vases chaque semaine. Tout signalement de moustique tigre peut être effectué sur le portail national dédié (signalement-moustique.anses.fr), qui alimente la cartographie de l'expansion de l'espèce. Une vigilance collective qui, dans la région, ne peut plus être considérée comme optionnelle.
Sources
Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes
Arboviroses (moustique tigre) : identification et gestion des casVille de Lissieu
Moustique tigre : comment s'en débarrasser ?
