Lyon en chiffres — Pauvreté à Lyon : ce que disent (et cachent) les chiffres de l'INSEE
1 155 euros par mois pour vivre seul, 2 425 euros pour un couple avec deux enfants. En dessous, l'INSEE classe un ménage parmi les pauvres. Sur cette base, l'institut statistique chiffre à 220 500 le nombre d'habitants de la Métropole de Lyon vivant sous ce seuil en 2021, soit 17 % de la population, pour 93 700 ménages concernés. Le chiffre vient du Fichier localisé social et fiscal (Filosofi), croisement des données fiscales et des prestations sociales que l'INSEE publie chaque année, avec deux à trois ans de décalage, faute de mieux : il faut le temps que les déclarations d'impôts remontent et se croisent avec les fichiers de la Caf et de la Cnav.
Derrière la moyenne métropolitaine, l'écart entre quartiers est considérable. Selon l'Insee Flash Auvergne-Rhône-Alpes n°149, le taux grimpe à 29,2 % dans le secteur des Portes du Sud (Vénissieux, Saint-Fons), à 21,6 % dans le Rhône-Amont et à 21,2 % à Villeurbanne, quand il tombe à 7,9 % dans l'ouest lyonnais, entre Val-de-Saône et Val d'Yzeron. À l'intérieur même de Lyon, les 8e et 9e arrondissements affichent chacun environ 21 % de pauvreté, contre 12 % dans le 2e et une fraction seulement dans le 6e, autour de 9 %. Une distance de quelques stations de métro sépare des réalités de revenu presque du simple au triple.
L'âge pèse autant que le lieu. Un quart des ménages dont le référent fiscal a moins de 30 ans vit sous le seuil de pauvreté, contre 10 % chez les 75 ans et plus. Les familles monoparentales (30 % de pauvreté) et les familles nombreuses de trois enfants ou plus (31 %) concentrent également le risque, rappelle l'INSEE. Un phénomène documenté de longue date à Lyon et Villeurbanne, deux villes où la population pauvre est disproportionnellement jeune, souvent étudiante ou en début de vie active.
À l'échelle nationale, la France métropolitaine affichait un taux de pauvreté de 14,4 % en 2021 : Lyon se situe donc nettement au-dessus. Mais la comparaison entre grandes villes relativise l'alarme lyonnaise. À Marseille, cinq arrondissements dépassaient les 40 % de pauvreté la même année, avec un pic à 55 % dans le 3e arrondissement. La métropole du Grand Paris, elle, culminait à 18,3 %.
Ces chiffres ont toutefois des limites que l'INSEE assume. Filosofi ne mesure que les revenus déclarés : il ignore le patrimoine, sous-estime le travail informel et ne capture pas le coût du logement, pourtant déterminant pour le reste à vivre d'un ménage lyonnais. Il exclut aussi les personnes sans domicile stable, invisibles dans les fichiers fiscaux. Autrement dit, la photographie INSEE dit beaucoup sur les inégalités de revenu entre arrondissements, mais peu sur la pauvreté vécue au quotidien. La prochaine publication Filosofi, portant sur les revenus 2022, est attendue par l'INSEE dans le courant de l'année.