
Ça buzz à Lyon — Pourquoi TikTok redécouvre Lyon, « capitale du funk »
Sur TikTok, des centaines de jeunes Lyonnais dansent sur du funk né dans les bars de la Guillotière entre 1985 et 1997.
Un beat syncopé, une bascule d'épaules et un hashtag qui s'affiche en surimpression : voilà le format que des centaines d'adolescents lyonnais reproduisent devant leur téléphone depuis plusieurs mois. Sur TikTok, un « challenge » consiste à filmer une courte chorégraphie sur un morceau, à la reproduire en variant les lieux, puis à publier sous un hashtag commun pour surfer sur l'algorithme de la plateforme, qui pousse les vidéos ressemblantes vers un public plus large. À Lyon, le morceau qui fait bouger les corps n'est pas un tube planétaire mais une musique locale, revendiquée comme telle : le funk lyonnais.
Le phénomène n'est pas né avec l'application. Dès les années 1980, la ville s'est distinguée en restant fidèle au funk quand Paris et Marseille basculaient vers le hip-hop. Le mouvement plonge ses racines dans les bars de la Guillotière, du 3e au 7e arrondissement, où des Lyonnais originaires de l'Est algérien, du Maroc ou de Tunisie mêlaient instruments traditionnels et sonorités disco. Le projet documentaire « Maghreb K7 Club : Synth Raï, Chaoui & Staïfi » date précisément cette effervescence entre 1985 et 1997, autour d'établissements aujourd'hui disparus comme Chez Mireille ou Le But, rapporte la Tribune de Lyon. Des labels comme L'Étoile Verte ou Mérabet ont pressé ces cassettes à l'époque où la ville n'avait pas encore de réseaux sociaux pour les diffuser.
C'est cette bande-son, longtemps cantonnée à des compilations YouTube comme « 69 la trik », qui a trouvé une seconde vie sur TikTok. Des danseurs se filment rue de la République, où des démonstrations de hip-hop sur fond de funk se tiennent régulièrement le week-end, selon Le Bonbon. Les hashtags #69latrick, #funk69 ou #capitalefunk cumulent des dizaines de vidéos, souvent tournées à plusieurs, empilant les références de quartier : Part-Dieu, Villeurbanne, Vaulx-en-Velin, Bron ou la Guillotière apparaissent en légende, comme une manière de revendiquer un territoire par la danse. Le compte @lyon2k16 a ainsi mis en ligne une vidéo intitulée « lyon capitale de la funk, it's time to moove », truffée de mentions de communes de l'agglomération. D'autres créateurs, comme @youriiiiidz, enchaînent les formats similaires depuis plusieurs années, entretenant la mémoire de ce répertoire.
L'attrait commercial suit : la boutique lyonnaise The Sounds of Music revendique plus de 3 000 références funk à son catalogue, signe que la nostalgie musicale déborde l'écran. Le phénomène illustre aussi une mécanique propre aux réseaux : une culture de quartier, longtemps informelle et locale, devient un langage viral reproductible par n'importe quel adolescent muni d'un smartphone, où qu'il se trouve dans la métropole.


