
Quinze ans plus tard, Fabrice Pothier boucle sa reconstitution du Lyon de 1700
Une carte interactive gratuite reconstitue la Presqu'île de 1700, immeuble par immeuble, à partir d'un fonds d'archives centenaire.
Place des Jacobins, en 2026, il faut lever les yeux vers les façades du XIXe siècle pour deviner qu'un autre Lyon a existé ici, immeuble par immeuble, avant que la place ne soit refaite. C'est justement de cette place qu'est parti, il y a quinze ans, le projet que Fabrice Pothier vient de boucler : une reconstitution numérique de la Presqu'île telle qu'elle se présentait en 1700, consultable gratuitement en ligne sur lyonen1700.fr, avec une navigation façon « street view » et des documents d'archives associés à chaque bâtiment.
Passionné d'histoire, de photographie et de nouvelles technologies, cet habitant de Lyon a d'abord voulu circonscrire son travail à la seule place des Jacobins. La masse d'archives disponibles, aux Archives municipales, aux Archives départementales, au musée Gadagne et à la Bibliothèque municipale, l'a poussé à élargir le périmètre à l'ensemble de la Presqu'île. Le résultat, quinze ans de travail bénévole plus tard, restitue les immeubles un par un, cotés au centimètre, avec l'appui d'architectes bénévoles. "C'est garanti sans intelligence artificielle", tient à préciser Fabrice Pothier, revendiquant une méthode fondée exclusivement sur les sources d'archives.
Un fonds d'archives centenaire mis au service d'un écran tactile
La clé de voûte du projet porte un nom que peu de Lyonnais connaissent : Joseph Pointet. Ce marchand de soie, né en 1851 et mort en 1943, s'est lancé en 1911 dans un travail d'érudition resté longtemps sous-exploité. Pendant une trentaine d'années, jusqu'à sa mort, il a dépouillé les archives anciennes pour reconstituer, parcelle par parcelle, l'historique des propriétés lyonnaises entre 1350 et 1790, comblant ce qu'il jugeait être une lacune de la bibliographie locale sur l'histoire des quartiers et des maisons de la ville. Son fonds, aujourd'hui conservé aux Archives municipales de Lyon sous la cote 37II, couvre le bas de Fourvière, la Presqu'île jusqu'à l'abbaye Saint-Martin d'Ainay et le 5e arrondissement dans ses limites d'avant 1790.
C'est ce travail, resté un siècle dans les cartons avant d'être numérisé, que Fabrice Pothier a exploité pour dater et localiser chaque bâtiment de sa carte. Le parallèle est frappant : il aura fallu à Pointet une trentaine d'années pour arpenter les archives à la plume, et à Pothier une quinzaine d'années pour transposer ce travail en une carte consultable en quelques clics. Deux échelles de temps que sépare un siècle, mais une même obstination methodique face à une ville qui a effacé une bonne partie de ses traces anciennes lors des grands travaux haussmanniens de la Presqu'île, au XIXe siècle.
Ce que le prix municipal a permis de financer, et ce qu'il reste à faire
Le projet a reçu, le 23 juin 2026, le grand prix du Prix citoyens du patrimoine "Annie et Régis Neyret", décerné par la Ville de Lyon à l'Hôtel de Ville. Cette édition, la dixième depuis la création du prix en 2017, a rassemblé près de 80 associations candidates, un chiffre qui porte à 218 le total des candidatures reçues en dix ans selon la Ville. Trois autres initiatives ont été distinguées cette année, avec un prix de 2 000 euros chacune : l'exposition "Voyages en cité" de la Cité Musée Tony Garnier consacrée aux quartiers ouvriers entre 1973 et 1990, le "Capteur de mémoires" de la Maison des Canuts, treize capsules vidéo de témoignages de canuts, et les balades urbaines "Où sont les femmes ?" de l'association Filactions. Le grand prix, doté de 4 000 euros, a été attribué à Lyon en 1700.
Fabrice Pothier compte utiliser cette somme pour adapter le site aux smartphones et proposer une version en anglais, deux évolutions techniques plutôt que de nouveaux développements historiques. Il l'assume sans détour : le projet de fond est terminé. "Je ne développerai pas davantage le site. J'y ai passé quinze ans de ma vie, avec l'aide de bénévoles, c'était assez passionnant à faire mais j'ai terminé. J'ai le sentiment du devoir accompli", explique-t-il, tout en se disant prêt à corriger la carte si des informations fiables et nouvelles lui parviennent. Aucune association patrimoniale lyonnaise, ni la Renaissance du Vieux-Lyon ni une autre structure du secteur, n'a fait connaître de réserve publique sur le projet ou sa méthode à ce stade.
Le site lyonen1700.fr reste accessible gratuitement en ligne, sans version mobile optimisée pour l'instant, cette adaptation figurant parmi les usages prévus des 4 000 euros du prix.
Sources
Mairie de Lyon
Lyon en 1700 !


