Passage Lyonnais
Musée de l'imprimerie, plaque.
Romainbehar, CC0 — Wikimedia Commons

Culture

Lyon d'hier — Rue Mercière, quand Lyon imprimait l'Europe

En un demi-siècle, une cinquantaine puis plus de 80 ateliers ont fait de la rue Mercière un centre majeur du livre en Europe.

Par rédaction Passage Lyonnais2 min de lecturePresqu'îleLyon

En 1473, dans un atelier de la rue Mercière, sortaient les premières presses lyonnaises actionnées par Guillaume Le Roy, typographe originaire de Liège, financé par un riche marchand de la ville, Barthélemy Buyer. Le Compendium breve qu'ils impriment cette année-là a longtemps été considéré comme le tout premier livre imprimé à Lyon, avant que des recherches plus récentes n'identifient des éditions antérieures issues du même atelier. Peu importe l'exactitude du record : en une décennie, la ville bascule dans une nouvelle économie du savoir.

Buyer n'était pas imprimeur mais commanditaire. Étudiant passé par la Sorbonne, où il avait côtoyé les cercles humanistes de Guillaume Fichet et Johann Heynlin, il choisit une ligne éditoriale singulière pour l'époque : publier en français, pour un public laïc, plutôt qu'en latin pour les seuls clercs. Un pari commercial autant qu'intellectuel. À sa mort en 1485, son frère Jacques reprend l'affaire ; ensemble ils avaient déjà fait paraître, en 1487, La grant vita Christi et le Tractatus corporis Christi, deux textes de dévotion qui trouvent un lectorat large dans une ville marchande et alphabétisée.

Ce premier essor tient à trois atouts propres à Lyon. La ville ignore le système des corporations et des privilèges d'imprimerie qui verrouille Paris ; ses foires internationales, tenues plusieurs fois l'an place des Terreaux et alentours, offrent un réseau de diffusion vers l'Italie, l'Allemagne et l'Espagne ; enfin, sa place de centre bancaire attire les capitaux nécessaires à des ateliers coûteux en caractères, en papier et en main-d'œuvre. Résultat : à la fin du XVe siècle, Paris et Lyon assurent ensemble 80 % de la production française de livres, et la cité compte une cinquantaine d'imprimeurs actifs.

Le siècle suivant confirme cette place. Vers 1520, les registres fiscaux recensent plus de 80 imprimeurs lyonnais, faisant vivre 500 à 600 personnes du seul secteur du livre. Sébastien Gryphe s'impose comme la figure la plus célèbre de cette génération : il introduit en 1528 les petits formats de poche en caractères italiques, révolutionnant la diffusion des textes classiques et scientifiques. Jean de Tournes, formé dans son atelier, publiera ensuite les poètes lyonnais Maurice Scève et Louise Labé.

Cette prospérité n'allait pas sans tensions sociales. En 1539, les compagnons imprimeurs se mettent en grève pendant quatre mois pour protester contre les bas salaires et l'exploitation des apprentis : un épisode considéré comme l'un des tout premiers grands mouvements ouvriers documentés en France. Après 1560, les guerres de religion et la concurrence de Paris et de Genève précipitent le déclin, même si l'activité se poursuit au XVIIe siècle.

Aujourd'hui, l'histoire de cette industrie se lit encore dans le tracé de la rue Mercière et dans les collections du musée de l'Imprimerie et de la Communication graphique, ouvert en 1964 dans l'ancien hôtel de la Couronne, à deux pas de la place des Jacobins. Ses fonds, comme ceux numérisés par la Bibliothèque municipale de Lyon, conservent colophons, incunables et gravures qui documentent cette aventure éditoriale fondatrice pour l'Europe du savoir.

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