
Sous l'ancienne École des beaux-arts, un pan entier de Lugdunum ressort de terre
Rue Neyret, derrière les façades décaties de l'ancienne École des beaux-arts, des archéologues grattent depuis fin juin un sol qui n'avait plus vu la lumière depuis un incendie survenu vers 120 après Jésus-Christ. Sous leurs pelles et leurs truelles apparaissent un mur de terrasse romain, un égout maçonné, les restes d'un habitat avec sol en mosaïque de béton antique, et jusqu'à un minuscule autel domestique où une lampe à huile avait été déposée, entourée d'une coquille d'huître, d'un escargot et d'un os de poule. La Ville de Lyon ouvre au public, à partir du 8 septembre, ce chantier mené par sa propre Direction de l'archéologie, dans un secteur qu'elle sait sensible depuis longtemps : celui de l'ancien quartier antique de Condate, à quelques mètres de l'amphithéâtre des Trois Gaules.
Le bâtiment Neyret, 6 000 m² construits sur les pentes, avait été déserté par les Beaux-Arts en 2007 et laissé à l'abandon près de quinze ans, toitures percées et menuiseries hors d'âge. En 2020, la nouvelle municipalité écologiste a tranché pour la conservation et la réhabilitation plutôt que la vente, avec un double projet : y consolider le service d'archéologie municipale, installé dans l'aile ouest depuis 1997, et ouvrir le reste du bâtiment à un tiers-lieu dédié à la transition écologique, porté par un groupement mené par l'association Pali Pali, désigné lauréat mi 2025 après un appel à projets clos en décembre 2024. L'ouverture de ce tiers-lieu est annoncée pour 2028.
Un budget qui a presque triplé en trois ans
Le coût de l'opération donne la mesure du chantier. Le conseil municipal n'avait voté que 6 millions d'euros en 2020 pour rénover l'aile des archéologues. L'enveloppe est passée à 9 millions le 31 mars 2022, quand la Ville a décidé de reprendre l'ensemble des 7 000 m² et cinq niveaux du bâtiment, avant d'atteindre 14,5 millions d'euros lors d'un nouveau vote le 28 septembre 2023. L'opposition municipale avait alors dénoncé un fardeau financier pour la majorité, selon les comptes rendus de Tribune de Lyon. Depuis, la découverte des vestiges antiques a de nouveau fait grimper la note : 1,85 million d'euros supplémentaires ont été ajoutés pour adapter les méthodes de déconstruction et absorber le surcroît de terrassement, portant le total à plus de 16 millions d'euros, soit près de trois fois le montant initial.
Cette fouille préventive de 2026 n'est pas la première surprise du secteur. Un diagnostic mené en janvier 2025 dans le bâtiment Neyret avait déjà signalé un potentiel archéologique important, confirmé cet été par une première phase de fouille du 29 juin au 18 juillet qui a mis au jour la strate d'incendie datée de 120 130 après Jésus-Christ, la même que celle repérée lors d'un diagnostic mené en 2026 au Jardin des Plantes, à quelques centaines de mètres de là. Sur ce site voisin, sept sondages ouverts en janvier 2026 avaient déjà livré une sépulture de chien et d'abondants restes de faune liés aux spectacles antiques : os de sangliers, de daims, de moutons, d'ours et même de panthère, traces d'un quartier organisé autour de l'amphithéâtre.
Un sanctuaire que les textes décrivent mais que personne n'a jamais localisé
L'amphithéâtre des Trois Gaules, lui, a été identifié avec certitude en 1958, quand les archéologues Amable Audin et Jean Guey ont mis au jour une inscription dédicatoire mentionnant sa construction sous Tibère. L'édifice, qui pouvait accueillir des spectacles, formait la partie visible d'un ensemble bien plus vaste, le Sanctuaire fédéral des Trois Gaules, qui réunissait chaque année les délégués des soixante nations gauloises autour du culte de Rome et d'Auguste. Ce sanctuaire est documenté par les textes antiques depuis des siècles, mais son emplacement précis n'a jamais été retrouvé sur le terrain, faute de structures suffisamment identifiables. Chaque fouille menée dans le périmètre, à Neyret comme au Jardin des Plantes, est donc scrutée pour ce qu'elle pourrait révéler de cet édifice manquant, sans qu'aucune des découvertes récentes n'ait permis, à ce stade, de trancher sur sa localisation exacte.
La deuxième phase de fouille, actuellement en cours à Neyret, doit notamment permettre d'atteindre la limite orientale d'une pièce au sol en terrazzo repérée cet été, restée inexplorée faute de temps lors de la première campagne. La Ville de Lyon ouvre le chantier au public les 8, 15, 22 et 29 septembre, à 11h30 et 12h30, sur réservation via son site internet, puis lors des Journées européennes du patrimoine les 19 et 20 septembre, de 11 heures à 19 heures.
Sources
Mairie de Lyon
Fouilles archéologiques : ouverture du site NeyretVille de Lyon (espace presse)
Communiqué de presse - Fouilles archéologiques : ouverture du site Neyret