
Sur les toits de Perrache, Airt de famille a repeint tout le niveau 4
Le festival a ouvert samedi au quatrième étage du centre d'échanges. Sols, murs et plafonds sont peints, 44 artistes exposent, et l'entrée est financée par une soixantaine d'entreprises.
On monte par l'escalier mécanique, et la première surprise n'est pas une œuvre : c'est le sol. Au quatrième étage du centre d'échanges de Lyon Perrache, les couloirs de bureaux que le bâtiment abritait encore il y a peu ont été peints d'un bout à l'autre — dalles, cloisons, plafonds, huisseries. Les fluorescents d'origine sont restés, les portes coupe-feu grises aussi. Pour sa cinquième édition, ouverte samedi 19 septembre et visible jusqu'au 3 janvier 2027, le festival Airt de famille n'a pas cherché à faire oublier l'immeuble : il l'a recouvert.
Le geste colle au thème choisi cette année. Après avoir exploré la métamorphose des mondes en 2025, l'édition 2026 a pris pour fil conducteur la porte — seuil, passage, transformation —, en écho à un bâtiment qui n'a jamais été conçu pour autre chose que pour faire transiter des gens. Comme nous l'écrivions le 15 septembre, le centre d'échanges, inauguré en 1976, a surtout servi à couper la Presqu'île de la Confluence pendant quatre décennies.

L'arrivée au niveau 4, par la passerelle du centre d'échanges. Photo : Loris Andaloro / Passage Lyonnais
Quarante-quatre artistes, cinq cents objets
L'exposition est immersive au sens propre : on la traverse plutôt qu'on ne la regarde, de salle en salle, sur un étage entier. Les quarante-quatre artistes de cette promotion — presque tous lyonnais — ont travaillé pendant une résidence en juin et juillet à partir des quelque cinq cents objets déposés depuis avril par des habitants et des salariés d'entreprises partenaires : vêtements, meubles, jouets. La direction artistique a été confiée au duo de designers Les Têtes Dures avec l'artiste Piment Martin, après le duo Toki l'an dernier.
Leurs portraits tiennent tout un mur, à l'entrée du parcours, sur fond jaune : une galerie de noms et de pseudonymes qui dit assez bien le mélange revendiqué par le festival — illustrateurs, graffeurs, céramistes, plasticiennes, collectifs.

Le mur des artistes de l'acte 5, à l'entrée du parcours. Photo : Loris Andaloro / Passage Lyonnais
Dehors, la terrasse du niveau 4 a reçu le même traitement : marquages au sol, bancs roses, un Pac-Man géant peint sur l'asphalte face aux collines de la rive droite. C'est l'un des rares endroits de la Presqu'île d'où l'on voit la ville à cette hauteur sans payer un restaurant panoramique.

La terrasse du niveau 4, repeinte elle aussi. Photo : Loris Andaloro / Passage Lyonnais
Le générique tient sur un mur
L'autre panneau à lire en entrant est moins spectaculaire, et plus instructif. Sous le titre « Une grande famille d'entreprises engagées », il aligne une soixantaine de logos : des majors du BTP et de l'industrie (Eiffage, Vicat, Saint-Gobain, Spie Batignolles, Razel-Bec, Demathieu Bard, Haulotte), des banques et des assureurs, des cabinets d'architectes et d'avocats, quelques marques et une poignée de médias lyonnais. Le fabricant de peintures Caparol y figure comme partenaire fondateur — ce qui, vu la quantité de mètres carrés repeints, n'est pas seulement un chèque.
C'est le modèle du programme d'incubation omart, qui coproduit le festival avec l'agence lyonnaise Metronomi. Depuis 2020, omart accompagne chaque année une promotion de dix artistes émergents lyonnais : conseils sur le statut, la tarification et la présentation, un mois d'exposition dans son lieu du quai des Célestins, et un abonnement vendu aux entreprises, qui reçoivent chaque mois un triptyque d'œuvres dans leurs bureaux. Ce sont ces abonnements et ce mécénat qui financent l'accompagnement — et, une fois l'an, l'occupation d'un étage entier de Perrache.

Le panneau des partenaires, à l'entrée de l'exposition. Photo : Loris Andaloro / Passage Lyonnais
L'édition précédente avait attiré 75 000 visiteurs autour de 600 objets et 41 artistes, selon les chiffres communiqués par la Métropole de Lyon. Le niveau 4 doit être rénové : l'exposition occupe un sursis.
Y aller
Toits de Perrache, niveau 4 du centre d'échanges, entrée par la place Carnot (Lyon 2e), métro et tramway Perrache. Jusqu'au 3 janvier 2027, le mercredi de 10 h à 18 h, le vendredi de 17 h à 21 h, le samedi de 10 h à 20 h et le dimanche de 10 h à 18 h ; fermé les lundis, mardis et jeudis, ouvert tous les jours pendant les vacances scolaires. Entrée 12 euros, 9 euros en tarif réduit, gratuit pour les moins de 10 ans, pass illimité à 30 ou 20 euros. Le parcours est accessible aux personnes à mobilité réduite, à l'exception de quatre installations, et se fait en poussette ; l'organisation conseille l'exposition à partir de 3 ans.


