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Lyon d'hier — Trois siècles de fleuve teint : quand Lyon inventait ses couleurs entre Saône et Rhône

Par rédaction Passage Lyonnais3 min de lectureCroix-RousseLyonPhoto by Jelleke Vanooteghem on Unsplash

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Avant les métiers à tisser des canuts, il y eut les cuves. Pendant près de trois siècles, la couleur de la soie lyonnaise s'est jouée dans l'eau, pas sur le fil. Dès la fin du XVIe siècle, dans le sillage du privilège accordé par François Ier en 1536 pour le tissage de la soie, des teinturiers venus de Gênes s'installent sur les quais de Saône, là où l'eau claire et le courant permettaient de rincer les écheveaux sans les tacher. Les rives de la Presqu'île, entre le quai de la Pêcherie et les ports du Temple et de la Baleine, deviennent alors un atelier à ciel ouvert où l'on plonge la soie brute dans des bains de cochenille, de garance ou d'indigo.

À la fin du XVIIIe siècle, l'activité a pris une tout autre dimension : plus de 1 600 ouvriers teinturiers travaillent à Lyon, concentrés notamment autour de Perrache, où s'installent aussi, à partir de 1786, les premiers ateliers d'impression sur cotonnades, longtemps interdite en France et dominée par des industriels suisses comme Picot et Fazy. La teinture devient, avec le tissage, l'un des deux piliers de l'économie de la ville.

Le XIXe siècle bouleverse tout. La demande de couleurs stables et variées, portée par l'essor de la fabrique lyonnaise, pousse des chimistes locaux à inventer ce que l'histoire retiendra comme une véritable révolution des colorants. En 1806, en pleine rupture des importations d'indigo à cause du blocus continental napoléonien, Jean-Michel Raymond met au point le « bleu Raymond », un bleu de Prusse de substitution. Vingt ans plus tard, Jean-Baptiste Guimet remporte en 1828 un prix de 6 000 francs pour sa formule de bleu outremer artificiel, moins cher que le lapis-lazuli ; son fils Émile développera l'usine de Fleurieu-sur-Saône, qui emploiera 150 ouvriers et produira 1 000 tonnes de pigment par an en 1878, avant de fermer en 1967. En 1847, Nicolas Guinon crée le premier colorant de synthèse tiré du goudron de houille, l'acide picrique jaune, présenté à l'Exposition universelle de Londres de 1851. Sa société emploiera 600 ouvriers en 1867. Puis, en 1858, François-Emmanuel Verguin dépose le brevet de la fuchsine, ce rose violent que le chimiste Michel-Eugène Chevreul saluera pour « l'éclat, l'intensité et la pureté » de sa couleur.

Cette industrie chimique naissante s'incarne aussi dans des lieux qui subsistent, discrets, dans le paysage lyonnais. François Gillet, arrivé à Lyon en 1830 pour apprendre la teinture noire, fonde son atelier aux Brotteaux en 1838 avant de construire, en 1853, une usine au 10 quai Serin et à la montée des Esses, sur les pentes de la Croix-Rousse : un bâtiment tout en rez-de-chaussée, à sheds de verre et de brique, resté en activité jusque dans les années 1980 et aujourd'hui reconverti en dépôt de décors pour le théâtre des Célestins. Plus loin, dans le quartier qui deviendra la rue des Teinturiers, entre les actuelles rues Richerand et Baraban, l'eau du petit cours d'eau de la Rize alimentait encore, à la fin du XIXe siècle, d'autres ateliers de finition.

Cette histoire industrielle, moins documentée que celle des canuts et de leurs métiers Jacquard, a longtemps coulé sous silence : les cuves ont disparu, les eaux colorées avec elles. Il en reste des noms de rues, des façades à sheds reconverties, et le souvenir d'une ville qui, avant de tisser, a d'abord su teindre.

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