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Réseau cyclable « Voies Lyonnaises » — Piste n°01, quai Claude-Bernard à Lyon

Société

Vélo à Lyon : un an de ZTL célébré, mais la guerre des usagers reste vive

Par rédaction Passage Lyonnais4 min de lectureLyonBlueberry-026, CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons

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« Retourne sur ta piste cyclable ! » Le cri, lancé depuis une voiture à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, a été relayé cette semaine sur Bluesky par un membre du collectif Velotaf Lyon, dont le coude « touchait presque la portière » d'une automobiliste au moment du dépassement. Au même moment, à quelques kilomètres de là, une quarantaine de personnes se réunissaient place Bellecour pour fêter le premier anniversaire de la Zone à Trafic Limité (ZTL) de la Presqu'île. Deux scènes, un même sujet : un an après les grands aménagements, la place du vélo dans la métropole lyonnaise reste un terrain de friction.

Un an de ZTL, une Presqu'île « apaisée »

Entrée en vigueur le 21 juin 2025, la ZTL interdit le transit automobile dans le cœur de Presqu'île tout en maintenant la circulation des riverains, professionnels et livraisons munis d'une autorisation. Selon la Ville de Lyon, quelque 20 000 ayants droits y circulent aujourd'hui légalement. Dimanche 21 juin, une déambulation organisée par l'association La Ville à Vélo, le collectif Droits du Piéton Lyon et le groupement citoyen ZTL pour Tous a traversé le centre à pied et à vélo pour réclamer la consolidation du dispositif.

Pour ses partisans, le bilan est sans ambiguïté. « Cela fait plus de 25 ans que je vis sur la Presqu'île et je ne l'avais jamais trouvée aussi agréable », témoignait Elisabeth Aymard, habitante. Pierre Rauzada, des Droits du Piéton, tenait à recadrer un discours fréquemment entendu : « On essaie parfois de faire croire que la ZTL est une zone interdite aux voitures, mais c'est faux. » La fréquentation piétonne de la partie nord de la rue de la République aurait progressé, et les rodéos automobiles du samedi soir, qui empoisonnaient le quartier, ont largement disparu, selon l'adjoint aux finances Valentin Lungenstrass. Un sondage municipal d'avril 2026 indiquait par ailleurs que 72 % des répondants étaient favorables au maintien de la rue Grenette sans circulation automobile.

Commerçants circonspects, nuisances déplacées

Le tableau n'est pas unanime. Plusieurs observateurs signalent que les rodéos, chassés de la Presqu'île, se sont reportés sur les quais de Saône et du Rhône — un déplacement des nuisances plutôt qu'une suppression. Du côté des commerces, la prudence domine : les commerçants de la Presqu'île sont décrits comme « plutôt circonspects », inquiets d'une baisse de fréquentation, la Métropole évaluant à -20 % le recul de fréquentation de certains secteurs depuis la mise en place de la ZTL et la hausse du stationnement. Sur le plan politique, la présidente de la Métropole Véronique Sarselli a proposé de rouvrir la rue Grenette aux automobilistes — preuve que le dispositif reste, un an après, au cœur du débat sur la place de la voiture dans le centre-ville.

200 millions d'euros pour les Voies Lyonnaises

Au-delà de la Presqu'île, c'est tout le réseau cyclable qui cristallise les tensions. Depuis 2021, la Métropole de Lyon a engagé près de 200 millions d'euros dans les Voies Lyonnaises, ces pistes continues et sécurisées qui devaient couvrir 250 kilomètres d'ici 2026. Le bilan est plus modeste : environ 110 kilomètres de nouvelles infrastructures réalisées, et des projections autour de 170 km en fin de mandat, dont une soixantaine issus de voies préexistantes. La Ville à Vélo, qui audite régulièrement le projet, salue « une volonté politique inédite » mais pointe « de nombreuses discontinuités » et quelque 25 kilomètres de tracés jugés médiocres. Ces ruptures découragent les cyclistes les moins aguerris et les familles — et ceux qui roulent sur des routes sans aménagement dédié, comme à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, restent particulièrement exposés.

La pratique explose, les frictions aussi

Les chiffres donnent objectivement raison aux défenseurs du vélo urbain : entre 2019 et 2024, la pratique a bondi de 67 % dans la métropole, tandis que le nombre d'accidents reculait de près de 13 %, passant de 1 581 en 2023 à 1 291 en 2024. Mais la cohabitation sur la voirie demeure électrique, et les torts ne sont pas à sens unique : en 2025, plus d'un millier de cyclistes ont été verbalisés à Lyon lors d'opérations de contrôle ciblées — un chiffre que les défenseurs de la voiture avancent volontiers pour pointer les comportements à risque de certains usagers à deux roues.

Un changement de majorité qui attise les braises

Le passage de la Métropole aux mains du centre-droit a introduit une nouvelle variable. Plusieurs projets de Voies Lyonnaises ont été « mis en pause », suscitant l'inquiétude des associations cyclistes à l'approche des municipales de 2026 ; La Ville à Vélo réclame 100 kilomètres supplémentaires d'ici 2032 pour constituer un vrai maillage. De l'autre côté, des riverains et commerçants de certains axes dénoncent la suppression de places de stationnement et la réduction des voies automobiles. L'automobiliste de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, si elle n'est sans doute pas représentative de la majorité, incarne la frustration d'une partie de la population qui perçoit les arbitrages sur l'espace public comme une guerre des usagers — une guerre que ni les infrastructures ni le dialogue politique n'ont encore su désamorcer.

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