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Lyon d'hier — Villeurbanne, l'autre capitale de la soie que l'histoire a oubliée

Par rédaction Passage Lyonnais2 min de lectureVilleurbannePhoto by Chris Chow on Unsplash

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Une cheminée de cinquante mètres crachant des vapeurs de chlore au bord de la Rize : voilà à quoi ressemblait, à la fin du XIXe siècle, l'un des poumons industriels de Villeurbanne. À quelques centaines de mètres des pentes croix-roussiennes où claquaient les métiers Jacquard, une autre ville de la soie s'était bâtie, presque à l'ombre de sa grande rivale lyonnaise.

Dès le XVIIIe siècle, les Villeurbannaises élèvent des vers à soie tandis que leurs maris plantent des mûriers dans les jardins de la commune, alors rurale. Le recensement de 1829 dénombre déjà 429 canuts, hommes, femmes et enfants de plus de douze ans, travaillant dans les manufactures des Maisons-Neuves et les ateliers des Charpennes, selon les données publiées par la Ville de Villeurbanne. Le tissage domine alors le secteur des Charpennes et de la Ferrandière, tandis que la métallurgie s'installe plutôt aux Maisons-Neuves, futur nœud ferroviaire vers l'est lyonnais.

La révolte des canuts de 1834 ne s'arrête pas aux portes de la Croix-Rousse. Le 10 avril, au lendemain du soulèvement lyonnais, l'insurrection gagne Villeurbanne : soixante à quatre-vingts ouvriers menés par le serrurier Guillaume Auzard prennent d'assaut la caserne de gendarmerie, avant que la répression n'encercle la commune. Le maire Jean-Baptiste Pierre, jugé trop proche des républicains, sera destitué l'année suivante.

Mais c'est surtout à partir de 1889 que Villeurbanne devient un pôle industriel à part entière avec l'installation de l'usine de teinturerie Gillet et fils, en bordure de la Rize dont l'eau, pure et abondante, convient parfaitement au traitement des soies noires, alors très demandées sous le Second Empire. Fondée par François Gillet, apprenti teinturier arrivé à Lyon en 1830, l'entreprise grossit vite : trente ouvriers en 1846, 1 200 en 1880, jusqu'à 2 200 employés en 1903 sur l'ensemble de ses sites lyonnais et villeurbannais, selon les archives compilées par le centre culturel Le Rize. Les ouvriers y travaillaient dix à onze heures par jour pour des salaires horaires de 41 à 55 centimes pour les hommes, deux fois moins pour les femmes.

D'autres maisons suivent : Renard et Villet installent en 1874 une teinturerie de 800 ouvriers à la Cité, tandis que Mantelier tisse le velours de soie rue Francis-de-Pressensé. Autour de ces usines naissent les premières cités ouvrières, comme les immeubles collectifs de la rue Koechlin, préfigurant l'habitat social qui fera plus tard la réputation de la ville.

Les usines Gillet, elles, seront entièrement détruites en 1969. Il ne reste aujourd'hui que des traces éparses de cette épopée textile, entre le nom de quelques rues et les fonds conservés par les archives municipales. À l'heure où Villeurbanne cultive la mémoire de son passé ouvrier et socialiste, celle, plus ancienne, de ses fabriques de soie mériterait d'être mieux racontée dans l'espace public.

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