Lyon en chiffres — Vitrines vides en Presqu'île : les chiffres qui alertent
La vacance commerciale à Lyon : un indicateur sous tension
Entre 3,5 % et 4 %. C'est le taux de vacance commerciale que l'observatoire Codata mesurait dans le périmètre dit « Lyon République » entre 2015 et 2018. Un plancher historiquement bas, qui rendait la Presqu'île lyonnaise l'une des artères les plus denses de France. Sept ans plus tard, ce même indicateur atteignait 7,5 % en mars 2025 — soit un doublement en moins d'une décennie, selon les données publiées par Codata, cabinet spécialisé dans l'observation du commerce de détail et de l'immobilier commercial.
Ce que mesure — et ne mesure pas — le chiffre
Le « Codata Factsheet Lyon République » constitue aujourd'hui l'une des sources les plus détaillées disponibles sur la vacance commerciale lyonnaise. Le périmètre étudié recense 1 781 emplacements au total, dont 1 557 sont occupés par des enseignes ou commerçants. Il agrège deux réalités distinctes : le commerce de pied d'immeuble (les locaux en rez-de-chaussée des immeubles de la Presqu'île) et le Grand Hôtel-Dieu, reconverti en centre commercial haut de gamme. Cette fusion rend la comparaison avec d'autres villes délicate : un emplacement dans une galerie fermée ne pèse pas le même poids urbain qu'une vitrine donnant sur la rue de la République.
La progression a été régulière : 6,0 % de vacance en 2023, 6,2 % en 2024 — deux hausses consécutives relevées par Codata lors de son passage terrain du 5 février 2024. À ce rythme, le cap des 7,5 % atteint début 2025 sonne comme un signal d'alerte, même si Lyon reste, à ce stade, en dessous de la moyenne nationale.
Lyon meilleure élève, mais pour combien de temps ?
Le Baromètre CODATA-FACT 2024 offre un étalon utile. Dans les centres-villes français hors programme « Action Cœur de Ville », le taux de vacance commerciale atteignait 7,7 % en 2023. Dans les villes labellisées ACV — des agglomérations moyennes fragilisées —, il culminait à 13,4 %. Lyon, grande métropole, se situe donc encore en deçà de la moyenne nationale, mais l'écart se resserre rapidement.
La mutation sectorielle explique une partie du phénomène. Le secteur Cafés-Hôtels-Restaurants représente désormais 24,7 % des locaux occupés dans le périmètre lyonnais, devant l'habillement (20,8 %) et la parfumerie-beauté (11,5 %). Sur dix ans, à l'échelle nationale, l'habillement a reculé de 17,9 % à 12,4 % des commerces en activité, pendant que la restauration et les services ont progressé. Lyon ne fait qu'amplifier une tendance structurelle : la rue commerçante se tertiarise, entre restos, salles de sport et instituts de beauté.
Les angles morts de la donnée
Il faut être honnête sur ce que ces chiffres ne disent pas. Le portail open data de la Métropole (data.grandlyon.com) ne publie pas de jeu de données unifié sur la vacance commerciale — les relevés de terrain restent l'apanage de prestataires privés comme Codata ou des équipes de la CCI Lyon Métropole. Les matrices cadastrales, accessibles via data.gouv.fr, renseignent sur la nature des locaux mais pas sur leur état d'occupation réel. La vacance « structurelle » (un local vide depuis plus d'un an) n'est pas distinguée de la vacance « conjoncturelle » (rotation entre deux locataires). Et certains rez-de-chaussée transformés en logements ou bureaux disparaissent silencieusement du comptage.
Ce que le chiffre révèle néanmoins avec clarté : la Presqu'île lyonnaise, longtemps épargnée par la crise du commerce urbain, entre dans une phase de transformation profonde. La question n'est plus de savoir si la mutation est en cours, mais à quelle vitesse elle s'accélère — et si les politiques publiques en auront pris la mesure à temps.