Passage Lyonnais
Une dune de schiste rouge occupe le sol d'une vaste halle industrielle à verrière ; quelques visiteurs à ses pieds en donnent l'échelle
Œuvre de Lara Almarcegui — Photo : Loris Andaloro / Passage Lyonnais

Culture

Aux Grandes Locos, la Biennale de Lyon s'installe dans l'usine à locomotives

L'ancien technicentre SNCF de La Mulatière accueille le site principal de la 18e Biennale, qui ouvre au public samedi 19 septembre. Visite avant l'ouverture.

Par Loris Andaloro3 min de lecture

Il faut traverser la moitié de la nef avant de saisir l'échelle. Aux Grandes Locos, à La Mulatière, les halles de l'ancien technicentre SNCF montent jusqu'à la verrière sur des dizaines de mètres, et les œuvres de la 18e Biennale d'art contemporain de Lyon n'y sont pas posées comme dans un musée : elles se mesurent au bâtiment. Le site, principal des onze lieux de cette édition, ouvre au public samedi 19 septembre, après deux journées réservées aux professionnels et à la presse, ce jeudi 17 et vendredi 18 septembre.

Intitulée « Passer d'un rêve à l'autre », l'édition est portée par la commissaire Catherine Nichols, conservatrice au Hamburger Bahnhof de Berlin, sous la direction artistique d'Isabelle Bertolotti. Comme nous l'écrivions le 14 septembre, elle se tient sur 86 jours au lieu des 107 de 2024, un format resserré que l'organisation attribue au budget et à l'impossibilité de chauffer ces halles au-delà de la mi-décembre.

Une usine de 1846 qui ne se laisse pas oublier

Le lieu n'est pas un décor neutre. Inaugurés en 1846 par la Compagnie des hauts fourneaux, forges et ateliers d'Oullins, ces bâtiments sont devenus centre technique de la SNCF au cours du XXe siècle, consacrés jusqu'en 2019 à la révision des locomotives électriques et à la maintenance des pièces détachées. La Métropole de Lyon en a fait un lieu culturel en 2023, et la Biennale y occupe une halle de 10 000 mètres carrés. Le sol bleu de l'atelier, ses bandes jaunes de circulation, les passerelles de service et les ponts roulants sont restés en place. Les œuvres composent avec, ou contre.

C'est très visible chez raumlaborberlin : le collectif allemand a empilé 120 tonnes de papier broyé et compressé en blocs, qui forment un dédale de murs gris à hauteur de halle, percé de cavités où l'on s'isole. L'odeur de papier saisit avant la vue. Non loin, Lara Almarcegui a fait déverser 260 mètres cubes de schiste rouge, un déchet de l'industrie houillère, en une dune qui occupe le sol de la halle comme un terril miniature — matière brute contre béton brut.

Un dédale de murs faits de balles de papier broyé et compressé, percé d'une ouverture étroite où passe une visiteuse ; au premier plan, un bassin d'eau rose

Les 120 tonnes de papier compressé de raumlaborberlin, percées de cavités où s'isoler. Photo : Loris Andaloro / Passage Lyonnais

Ce que les artistes ont fait de la halle

Laure Prouvost suspend une baleine de textiles vaporeux dans laquelle on pénètre : à l'intérieur, un sol jonché de branchages, de canettes et de plastiques met le visiteur du côté de ce qui est digéré.

Sous une voûte de textiles tendus, un sol jonché de branchages, de canettes et de déchets plastiques traversé par une coulée bleue ; une visiteuse se tient au fond

L'intérieur de la baleine de Laure Prouvost, où le visiteur passe du côté de ce qui est digéré. Photo : Loris Andaloro / Passage Lyonnais

Akwasi Bediako Afrane, lui, a bâti un mur de machines mortes — écrans démontés, unités centrales éventrées, faisceaux de câbles — conçu avec les équipes et les patients du Pavillon Jean Dechaume, à l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu d'Oullins-Pierre-Bénite, haut lieu de la pédopsychiatrie lyonnaise ; un vélo posé devant l'installation attend que le public pédale.

Un mur monumental d'écrans démontés, d'unités centrales éventrées et de faisceaux de câbles dressé dans la halle ; un vélo est posé devant, relié à l'installation

Le mur de machines mortes d'Akwasi Bediako Afrane, et le vélo qui l'alimente. Photo : Loris Andaloro / Passage Lyonnais

Selma Selman présente cinq fleurs métalliques qui s'ouvrent et se referment en grinçant, faites de grappins de grue détournés de la ferraille. Et la Lyonnaise Perrine Lacroix expose Rustin.e, issu d'une résidence dans l'usine de caoutchouc L. Rustin, à La Chartre-sur-le-Loir : des bandes de gomme brute tendues sur des structures métalliques, accompagnées de vidéos sur les étapes de transformation du matériau. La rustine y devient un geste de réparation, et de résistance.

L'ensemble tient en grande partie à la méthode revendiquée par la Biennale, que sa directrice générale Cécile Bourgeat décrit comme un « espace de production » : produire sur place, avec des artisans et des industriels du territoire, des pièces difficilement réalisables ailleurs. Aux Grandes Locos, cette promesse est littérale — la plupart de ces œuvres ne pourraient pas entrer dans un musée.

Y aller

Les Grandes Locos, 10 rue Gabriel Péri à La Mulatière, à une minute à pied du terminus de la ligne B du métro, station Gare d'Oullins. La Biennale se tient du 19 septembre au 13 décembre. Le pass, valable pour l'ensemble des lieux payants, est à 20 euros en prévente jusqu'au 18 septembre, puis 25 euros.

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