
Lyon d'hier — Francheville, le village-blanchisserie qui a fait vivre tout un faubourg de Lyon
Peu de communes de la métropole lyonnaise doivent autant à un cours d'eau que Francheville. Son histoire industrielle, documentée notamment par l'association Le Patrimoine de Francheville, se raconte au bord de l'Yzeron et du ruisseau de Charbonnières, sur les hauteurs de ce qui fut le premier faubourg de Lyon, partagé entre Francheville-le-Haut, Francheville-le-Bas et Bel Air. Ce ne sont ni des usines ni des ateliers qui ont façonné l'économie locale au XIXe siècle, mais des blanchisseuses.
Les chiffres, tirés des recherches de l'historien local Dominique Lalle, dessinent une trajectoire spectaculaire. En 1836, la commune compte 39 blanchisseurs et repasseurs, dont 21 femmes, auxquels s'ajoutent 32 repasseuses, pour une population totale de 1 237 habitants. Trente ans plus tard, en 1866, l'activité a presque doublé : 71 personnes en vivent, sur 1 707 habitants. Le pic est atteint en 1896, avec 259 blanchisseurs et 100 repasseuses recensés, alors que la commune compte 1 851 habitants. Le lavage à domicile, activité artisanale, devient alors le principal moteur économique de Francheville, porté par des eaux utilisables une bonne partie de l'année.
Le travail se faisait à l'aube, sur des bancs de bois recourbés, avec des nattes de jonc, des brosses et des battoirs. Savon, bleu d'indigo pour raviver le blanc, cuisson à la cendre de soude puis triple rinçage en bassin de ciment : un savoir-faire transmis de génération en génération, qui déclina au tournant du XXe siècle au profit des puits communaux et des « boutasses », petits bassins peu profonds creusés dans la commune.
À cette économie du linge s'ajoutaient des moulins et une activité de potiers, dont la trace subsiste dans la mémoire locale plus que dans le bâti. Le Vieux Château de Francheville-le-Bas et le Fort du Bruissin, édifié entre 1878 et 1881 sur la colline dominant la vallée, restent aujourd'hui les repères les plus visibles de cette histoire mouvementée, l'un médiéval, l'autre militaire — les seuls vestiges tangibles d'un passé où le linge, bien plus que toute autre industrie, a fait vivre tout un faubourg de Lyon.