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L'Yseron, rivière, à Francheville dans le Rhône.

Culture

Lyon d'hier — Francheville et la légende du chocolat : la vraie histoire industrielle, écrite par des lavandières

Par rédaction Passage Lyonnais2 min de lecturePHILDIC, Public domain — Wikimedia Commons

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Une légende locale tenace prête à Francheville un glorieux passé chocolatier, celui d'une dynastie Menier qui aurait rivalisé avec les géants du secteur depuis les bords de l'Yzeron. L'histoire est belle. Elle est aussi fausse. Les Établissements Menier, fondés en 1816 par Jean-Antoine Brutus Menier puis développés par son fils Émile-Justin, se sont implantés en 1825 à Noisiel, en Seine-et-Marne, où leur usine devint entre 1870 et 1914 la plus grande chocolaterie du monde, aujourd'hui classée monument historique. Aucune source, ni aux Archives départementales du Rhône, ni dans les fonds Gadagne, ne rattache la famille Menier à la commune de la métropole lyonnaise.

L'histoire industrielle réelle de Francheville, documentée notamment par l'association Le Patrimoine de Francheville, est pourtant tout aussi révélatrice de la vallée du Rhône au XIXe siècle. Elle se raconte au bord de l'Yzeron et du ruisseau de Charbonnières, sur les hauteurs de ce qui fut le premier faubourg de Lyon, partagé entre Francheville-le-Haut, Francheville-le-Bas et Bel Air. Ici, ce ne sont pas des chocolatiers qui ont façonné l'économie locale, mais des blanchisseuses.

Les chiffres, tirés des recherches de l'historien local Dominique Lalle, dessinent une trajectoire spectaculaire. En 1836, la commune compte 39 blanchisseurs et repasseurs, dont 21 femmes, auxquels s'ajoutent 32 repasseuses, pour une population totale de 1 237 habitants. Trente ans plus tard, en 1866, l'activité a presque doublé : 71 personnes en vivent, sur 1 707 habitants. Le pic est atteint en 1896, avec 259 blanchisseurs et 100 repasseuses recensés, alors que la commune compte 1 851 habitants. Le lavage à domicile, activité artisanale, devient alors le principal moteur économique de Francheville, porté par des eaux utilisables une bonne partie de l'année.

Le travail se faisait à l'aube, sur des bancs de bois recourbés, avec des nattes de jonc, des brosses et des battoirs. Savon, bleu d'indigo pour raviver le blanc, cuisson à la cendre de soude puis triple rinçage en bassin de ciment : un savoir-faire transmis de génération en génération, qui déclina au tournant du XXe siècle au profit des puits communaux et des « boutasses », petits bassins peu profonds creusés dans la commune.

À cette économie du linge s'ajoutaient des moulins et une activité de potiers, dont la trace subsiste dans la mémoire locale plus que dans le bâti. Le Vieux Château de Francheville-le-Bas et le Fort du Bruissin, édifié entre 1878 et 1881 sur la colline dominant la vallée, restent aujourd'hui les repères les plus visibles de cette histoire mouvementée, l'un médiéval, l'autre militaire, aucun industriel au sens propre.

Reste une question pour les curieux d'histoire locale : d'où vient la confusion Menier-Francheville, colportée sur certains sites et réseaux ? Aucune archive consultée aux AD69 ni dans les fonds numérisés de Numelyo n'en retrouve l'origine. Une piste pour une prochaine enquête, cette fois sur la fabrique des légendes urbaines lyonnaises.

Essor de l'activité de blanchisserie à Franchevilleen personnes 075150225300 39 personnes71 personnes259 personnes183618661896 Source : Dominique Lalle, historien local / Association Le Patrimoine de Francheville Passage Lyonnais

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