
Lyon d'hier · Gratte-Ciel de Villeurbanne : le centre-ville que Lazare Goujon a bâti face à Lyon
Entre 1928 et 1934, Villeurbanne, 82 000 habitants en 1931, s'est dotée d'un hôtel de ville, d'un palais du Travail et d'immeubles de 9 à 19 étages.
Quand on remonte l'avenue Henri-Barbusse vers l'hôtel de ville, deux tours de 19 étages encadrent la perspective. Le centre fut inauguré le 10 juin 1934, en présence d'Édouard Herriot, maire de Lyon. À cette date, Villeurbanne n'avait plus rien d'un village. Selon l'article de Wikipédia consacré au quartier, la commune comptait environ 5 000 habitants en 1856, 42 000 en 1911 et 82 000 en 1931. Elle n'avait pourtant ni cœur, ni place, ni hôtel de ville à la mesure de sa population.
Une commune sans centre
La fiche de la base Mérimée (ministère de la Culture) résume l'intention du maire Lazare Goujon, élu en 1924 : doter Villeurbanne d'un nouveau centre urbain, en réponse à la domination de Lyon. La commune ouvrière, voisine de la grande ville, voulait exister par elle-même.
Le projet prit corps vite. D'après Wikipédia, la ville reçut en 1925 environ 20 000 m² de terrains en don et en acheta quelque 30 000 autres. Le 30 mars 1928, l'architecte Môrice Leroux remporta le concours du Palais du Travail. Albert Thomas en posa la première pierre le 20 mai 1928. Au même moment, à Lyon, Tony Garnier construisait le quartier des États-Unis, dont les immeubles ne dépassent pas cinq étages, selon la même source.
Des logements financés par une société d'économie mixte
Le cœur du dispositif fut financier. En 1931, une société d'économie mixte, la Société villeurbannaise d'urbanisme, fut créée pour financer l'opération par des emprunts et des garanties. Selon la base Mérimée, les immeubles de la « Cité des Gratte-ciel » furent construits par Môrice Leroux de 1931 à 1934. Un dispensaire avait ouvert en janvier 1932, et un chauffage urbain alimentait les bâtiments.
Les logements se répartissaient en trois groupes d'immeubles en gradins de 9 à 11 étages et en deux tours de 19. Le nom de « Gratte-Ciel » ne s'imposa que dans les années 1940. Les sources consultées ne donnent ni le montant total de l'opération ni les loyers des années 1930. Elles ne permettent donc pas de dire à quel point ces logements étaient abordables, ni de les assimiler aux habitations à bon marché de l'époque.
Un centre civique avant tout
L'hôtel de ville, œuvre de Robert Giroud, choisi sur concours et premier grand prix de Rome en 1922, fut construit de 1930 à 1934. Son décor intérieur d'origine, fait de céramique, de marbre bleu et noir, d'acajou, de fer et de cuivre, est resté largement intact, selon Mérimée. Le Palais du Travail, haut de 37 mètres selon la base pss-archi, devint seulement au début des années 1970 une scène culturelle : c'est l'actuel Théâtre national populaire.
La suite fut moins glorieuse pour les promoteurs. En 1935, une majorité municipale communiste prit les commandes. Selon Wikipédia, cela s'accompagna d'ennuis judiciaires pour Leroux et la Société villeurbannaise d'urbanisme.
Ce qui reste protégé
L'hôtel de ville est inscrit aux monuments historiques depuis un arrêté du 29 avril 1991 : façades et toitures, escalier principal, halls et couloirs des deux premiers étages, salle des mariages et cheminée de la salle des Commissions. Une zone de protection du patrimoine fut instituée pour le quartier en 1993. Le Palais du Travail a été restructuré et agrandi, avec des travaux achevés fin 2011, selon pss-archi. Le quartier continue de s'étendre : nous l'écrivions le 17 octobre, la première pierre du lot Égérie vient d'être posée, dans une ZAC qui prévoit 915 logements d'ici 2031.
Sources
POP, ministère de la Culture (base Mérimée)
Hôtel de ville, Villeurbanne (PA00118150)pss-archi
Palais du Travail, Villeurbanne (FR-69266-3002)Wikipédia
Gratte-ciel (Villeurbanne)
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