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Le kiosque à journaux de la place de la Croix-Rousse, à Lyon.
Benoît Prieur, CC0 · Wikimedia Commons

Société

Journée mondiale de l'information : la presse face au risque de l'IA

Le 28 septembre, des centaines de rédactions défendent le journalisme de faits. Au cœur des tribunes de 2026 : des IA qui résument l'actualité sans la vérifier.

Par Rédaction Passage Lyonnais3 min de lecture

« Voulez-vous vos informations avec ou sans hallucinations ? » La question est de Phil Chetwynd, directeur de l'information de l'Agence France-Presse. Elle donne le ton de la Journée mondiale de l'information, World News Day, célébrée ce lundi 28 septembre par des centaines de rédactions dans plus de 100 pays. En 2026, la campagne ne parle presque que de ça : ce que devient l'information quand des machines la résument, la réécrivent ou l'inventent.

Une journée pour défendre le journalisme de faits

Née en 2018 au Canada, à l'initiative de 17 titres de presse, la Journée mondiale de l'information est portée par le World Editors Forum de l'association mondiale des éditeurs de presse (WAN-IFRA), la Canadian Journalism Foundation et Project Kontinuum. L'an dernier, plus de 1 000 médias et organisations de soutien au journalisme y ont participé, dans 108 pays, selon les organisateurs. Elle coïncide avec la Journée internationale de l'accès universel à l'information, instituée par l'UNESCO.

La campagne ne collecte pas d'argent. Elle tient en un mot d'ordre, « Connaître les faits. Comprendre ce qui compte. Choisir un journalisme de confiance », et fournit aux rédactions des visuels et une vingtaine de tribunes signées par des dirigeants de médias du monde entier, libres de reprise. Leur fil conducteur : le journalisme n'a jamais été aussi nécessaire, ni aussi fragile.

Des IA fluides, mais pas exactes

La menace la plus citée cette année est l'intelligence artificielle générative. « La fluidité et l'exactitude sont discrètement devenues deux notions distinctes », écrit Michael Miller, président exécutif de News Corp Australasia. Selon lui, plus le public consomme de résumés produits par l'IA, plus il se sent informé, alors même que sa compréhension réelle des faits s'affaiblit.

La tribune commune de David Walmsley (World Editors Forum), Mariya Gabriel (UNESCO) et Liz Corbin (Union européenne de radiodiffusion) va dans le même sens : « l'intelligence artificielle génère des mensonges plausibles à grande échelle », et « les algorithmes privilégient l'indignation à l'exactitude ». L'UNESCO estime que la désinformation coûte chaque année entre 350 et 510 milliards de dollars, par ses effets sur la santé publique, les élections, l'action climatique ou la confiance dans les institutions.

Une source qui s'épuise

Le second risque est économique. Selon plusieurs signataires, les assistants conversationnels puisent leurs réponses dans des articles qu'ils ne rémunèrent pas, et détournent les lecteurs des sites qui les ont produits. Marcelo Rech, président exécutif de l'Association nationale des journaux brésiliens, prévient : sans journalisme professionnel, les données des plateformes d'IA deviendront « un immense bourbier où régneront les hallucinations et les aberrations de la désinformation ». Il rappelle que 52 % des 18-24 ans s'informent d'abord sur les réseaux sociaux, selon le Reuters Institute de l'université d'Oxford.

Phil Chetwynd défend, lui, ce qu'aucune machine ne remplace : aller sur place, recouper, assumer ce que l'on publie. « Accéder aux faits coûte de l'argent, du temps, de l'expertise et des efforts », écrit-il. L'AFP compte, selon lui, plus de cent journalistes dédiés à la seule vérification des faits.

La presse locale en première ligne

Le risque n'est pas qu'international. Michael Miller cite une étude de 2024 selon laquelle la corruption progresse d'environ 7 % dans les territoires qui perdent leur couverture locale. C'est l'information de proximité, conseils municipaux, marchés publics, faits divers, vie associative, qui a le moins de moyens pour résister, et les résumés automatiques des moteurs de recherche pèsent déjà sur l'audience de la presse lyonnaise.

Les organisateurs de la Journée mondiale de l'information le reconnaissent : une journée par an ne suffit pas. Leur appel s'adresse autant aux gouvernements, sommés d'appliquer les lois d'accès à l'information, qu'aux plateformes, appelées à assumer la responsabilité des espaces qu'elles créent, et aux médias eux-mêmes, invités à « toujours privilégier la rigueur à la diffusion ».

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