Passage Lyonnais

L'actualité de Lyon et de la métropole

Une pompe à chaleur air-eau installée contre la façade d'une maison

Environnement

Pompes à chaleur : performances réelles bien en deçà des promesses des fabricants

Par rédaction Passage Lyonnais3 min de lectureSouthend-on-Sea Borough Council, CC0 — Wikimedia Commons

Partager

Ce que les chiffres révèlent vraiment

L'Agence Locale de l'Énergie et du Climat (ALEC) de la Métropole de Lyon publie ce 22 juin une analyse approfondie de la première grande étude nationale sur les performances réelles des pompes à chaleur (PAC). Le constat est nuancé : si l'outil demeure un pilier de la décarbonation du chauffage, les écarts avec les fiches techniques des fabricants sont souvent considérables.

Une campagne inédite sur 100 installations

Le bureau d'études Enertech a instrumenté, pour le compte de l'ADEME, 100 installations de PAC en maisons individuelles sur toute l'année civile 2024. Le panel comprend 90 PAC air-eau et 10 PAC eau-eau géothermiques, réparties dans 20 zones climatiques différentes à travers la France, toutes posées en remplacement de chaudières gaz ou fioul.

Le résultat principal : le SCOP (coefficient de performance saisonnier) moyen pour le chauffage s'établit à 2,9 pour les PAC air-eau et 4,1 pour les PAC eau-eau. Les valeurs sont très étalées -- de 0,9 à 4,5 pour les modèles air-eau -- et inférieures dans 83 % des cas aux valeurs annoncées par les fabricants, qui surestiment en moyenne leurs performances de 25 %. Pour la production d'eau chaude sanitaire, le COP mesuré tombe à 2,0 pour les PAC air-eau.

Le réglage, clé de voûte trop souvent négligée

L'étude identifie un levier décisif : la température de départ du circuit de chauffage. Dix degrés Celsius de moins en sortie de PAC correspondent à un point de COP gagné. Les installations équipées d'un plancher chauffant basse température sont donc structurellement avantagées. Trois points de vigilance émergent : le réglage de la loi d'eau après la pose (fréquemment insuffisant ou jamais affiné), la qualité du schéma hydraulique (débits, risque de cyclage) et le bon dimensionnement de la machine.

Fait notable : aucun lien statistique n'a pu être établi entre le niveau d'isolation du logement et le SCOP observé. Non pas parce que l'isolation serait sans effet, mais précisément parce que les défauts de réglage et d'installation masquent ce gain potentiel.

Des signaux d'alerte concrets pour les ménages

Sur le plan pratique, 53 % des foyers ont dû augmenter leur abonnement électrique (de +3 à +6 kVA), une surcharge souvent mal anticipée lors de la signature du devis. En revanche, la consommation de l'appoint électrique reste marginale (2,3 %), ce qui valide la stratégie de sous-dimensionnement léger des machines. La température intérieure moyenne mesurée s'établit à 19,9 °C : aucun effet rebond significatif n'est constaté sur la consommation.

La mise en garde sur les logements mal isolés

L'ALEC alerte sur une dérive du plan national d'électrification : installer une PAC dans un bâtiment insuffisamment isolé. Outre les performances dégradées, cette erreur ferme "le chantier pour 15 à 20 ans", bloquant toute dynamique ultérieure de rénovation globale. La logique reste invariable : isoler d'abord, ventiler ensuite, puis chauffer.

Cette mise en garde rejoint les recommandations de l'ADEME, qui préconise de conditionner les aides à la qualité de pose et aux performances réelles mesurées -- une exigence portée également par les associations de consommateurs, face aux signalements croissants sur SignalConso d'équipements sous-performants ou mal dimensionnés. Dans ce contexte, les enjeux de formation et de certification des installateurs RGE s'imposent comme un sujet central, alors qu'Enedis prévoit dans son plan 2030 l'installation d'un million de PAC supplémentaires en France, dans un pays où la part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie doit passer de 27 % à 34 % d'ici à cette échéance.

Partager

Newsletter

L'essentiel de la semaine lyonnaise, chaque dimanche matin.

La sélection des articles publiés cette semaine sur Passage Lyonnais, livrée directement dans votre boîte mail.

  • Gratuit
  • Sans publicité
  • Un envoi par semaine

Vous recevrez un email de confirmation. Désabonnement en un clic depuis le pied de chaque newsletter.

Articles liés