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Lyon d'hier — Saint-Georges, la Croix-Rousse : comment les canuts ont bâti Lyon vers le ciel

Par rédaction Passage Lyonnais2 min de lectureCroix-RousseLyonPhoto by Andréa Villiers on Unsplash

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Avant que la Croix-Rousse ne devienne le symbole de la soierie lyonnaise, c'est dans le quartier Saint-Georges, sur les pentes du Vieux Lyon, que s'était d'abord installée l'industrie textile. Dès 1536, un privilège accordé par François Ier avait fait de Lyon la capitale française de la soie, et les tisserands avaient investi les maisons étroites du quartier, entre Saône et colline de Fourvière.

Mais au tournant du XIXe siècle, l'espace manque. L'invention du métier à la Jacquard par Joseph-Marie Jacquard en 1801 bouleverse la donne : cette mécanique complexe, montée au-dessus du métier à tisser, culmine parfois à plus de quatre mètres de haut. Les ateliers de Saint-Georges, aux plafonds trop bas, ne peuvent plus l'accueillir. Les canuts migrent alors vers le plateau de la Croix-Rousse, encore largement rural, où l'air pur limite aussi l'encrassement des fils de soie.

Là naît une architecture inédite en Europe : des immeubles de cinq à six étages, aux plafonds mesurant de 3,6 à 4 mètres, percés de larges fenêtres pour laisser entrer la lumière nécessaire au tissage. Les poutres, souvent en chêne, renforcent des planchers appelés à supporter le poids des métiers. À l'arrière de l'atelier s'organisait un espace de vie minimal : coin cuisine, alcôve pour le lit conjugal, mezzanine pour les enfants et les apprentis. On travaillait et on vivait dans la même pièce, parfois seize heures par jour.

Ce bâti dense a aussi produit un réseau unique de traboules, ces passages traversant les immeubles de rue à rue ou de cour à cour, qui permettaient aux canuts de transporter les pièces de soie à l'abri de la pluie, sans les salir, entre les ateliers et les marchands de la Presqu'île. On en trouve aujourd'hui plusieurs dizaines encore accessibles sur les pentes, autour de la place Colbert, de la Grande-Rue de la Croix-Rousse ou de la rue des Tables Claudiennes.

En 1848, la moitié des métiers à tisser lyonnais tournaient dans les grandes maisons de la colline, surnommée "la colline qui travaille" par opposition à Fourvière, "la colline qui prie". Cette concentration ouvrière fut aussi un foyer de révoltes sociales majeures, en 1831 puis en 1834, lorsque les canuts se soulevèrent contre la baisse des tarifs imposée par les marchands-fabricants. Ces événements, considérés comme parmi les premiers soulèvements ouvriers de l'histoire industrielle européenne, précédèrent l'annexion de la Croix-Rousse à Lyon, actée par décret impérial le 24 mars 1852, qui en fit le 4e arrondissement.

Aujourd'hui, la Maison des Canuts, sur le boulevard de la Croix-Rousse, perpétue la mémoire de ce savoir-faire, tandis que les façades hautes et les traboules du quartier, bien que largement transformées en logements, restent le témoignage architectural d'une industrie qui a littéralement façonné la topographie du Lyon moderne.

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