Biais de genre aux concours : onze grandes écoles forment leurs jurys ensemble
C'est une coalition inédite dans le paysage des grandes écoles françaises. L'ENS de Lyon, ses trois sœurs (ENS-PSL, ENS Paris-Saclay, ENS Rennes), l'École polytechnique et les six établissements du concours Centrale-Supélec ont annoncé le 19 juin 2026 le déploiement d'une formation commune aux biais et stéréotypes de genre à destination des membres de leurs jurys de concours. Onze écoles, un même objectif : rendre les épreuves orales plus équitables pour les candidates.
Une initiative née à Paris en 2025, élargie à Lyon et au-delà
L'initiative avait été lancée en mai 2025 par les quatre ENS, qui avaient alors formé quelque 500 membres de jury aux mécanismes cognitifs inconscients susceptibles de défavoriser les femmes lors des épreuves orales des concours CPGE. Un an plus tard, l'École polytechnique et les écoles du groupe Centrale rejoignent le dispositif, l'étendant à l'ensemble des voies d'entrée de chacun des onze établissements signataires, toutes filières confondues.
La formation, conçue par Charlotte Jacquemot, directrice du département de sciences cognitives à l'ENS-PSL et responsable du programme « Femmes et filles de sciences », s'appuie sur des travaux académiques publiés. Elle entend rendre explicite, chez les examinatrices et examinateurs, des biais qui opèrent de façon automatique et inconsciente — y compris chez les femmes elles-mêmes.
Des déséquilibres persistants en chiffres
Les chiffres rappelés dans le communiqué illustrent l'ampleur du problème : la recherche française ne compte que 30 % de chercheuses, 24 % de femmes dans le numérique et 14 % d'inventrices. À l'entrée de la filière elle-même, les femmes représentaient 40 % des effectifs en classes préparatoires en 2023 — un taux en recul de près de deux points sur dix ans, selon les données du ministère de l'Enseignement supérieur. La sélection par concours oral constitue ainsi un point de bascule critique.
Des limites pointées par certains chercheurs
Si l'initiative est saluée pour sa dimension collective et son ancrage scientifique, des spécialistes de l'égalité dans l'enseignement supérieur rappellent que la sensibilisation aux biais implicites, seule, ne suffit pas toujours à modifier durablement les comportements d'évaluation. Des études internationales soulignent que des mesures structurelles complémentaires — composition paritaire des jurys, grilles d'évaluation anonymisées, suivi statistique des résultats par genre — sont nécessaires pour mesurer et consolider les effets d'une telle formation dans la durée. Les onze signataires n'ont pas encore précisé quels indicateurs de suivi seraient mis en place.
Un appel aux autres établissements
Les onze écoles ont d'ores et déjà invité l'ensemble des établissements d'enseignement supérieur souhaitant s'engager à rejoindre la démarche pour les concours 2027. L'ENS de Lyon, en tant que co-conceptrice et co-signataire du communiqué, se positionne ainsi comme l'un des moteurs lyonnais de cette transformation, à la croisée de la recherche en sciences cognitives et de l'égalité des chances dans l'accès aux filières d'excellence scientifique.