L'UCLy publie un guide pour apprivoiser l'IA sans perdre le sens de l'apprentissage
« Pas technophobes, mais technocritiques. » La formule du recteur de l'Université Catholique de Lyon, le Pr Grégory Woimbée, résume en quatre mots la position affichée par l'UCLy face au déferlement de l'intelligence artificielle générative dans les amphis et les bibliothèques. Fin juin 2026, l'établissement a publié un guide d'usage de l'IA destiné à l'ensemble de sa communauté universitaire — étudiants comme enseignants — refusant aussi bien l'interdiction pure que l'adoption naïve.
Le document a été rédigé par trois membres de l'institution : le philosophe Mathieu Guillermin, l'ingénieur pédagogique Pierrick Ribo et la vice-rectrice chargée de la formation Emmanuelle Gormally. Leur point de départ n'est pas technologique mais fondamental : à quoi sert l'éducation ? « Le but des cours, ce n'est pas d'obtenir un diplôme », tranche Mathieu Guillermin. « C'est de vivre des choses qui te transforment. » Une question que l'irruption des grands modèles de langage remet brutalement sur la table.
L'urgence est réelle. Selon le Baromètre du numérique 2026, 73 % des 18-24 ans utilisent désormais des outils comme ChatGPT dans le cadre de leurs études. L'UCLy elle-même chiffre à 86 % la proportion de ses étudiants ayant recours à l'IA dans leurs travaux. Face à ces usages massifs, le guide plaide non pour la suspicion systématique, mais pour le discernement : intégrer les prompts utilisés dans les rendus, privilégier les oraux, évaluer les progrès plutôt que la perfection, et maintenir des espaces « sans IA » quand l'enjeu pédagogique le commande.
Le Pr Woimbée insiste sur ce que la machine ne pourra jamais simuler : « L'IA est une intelligence à laquelle il manque le plaisir. Sans joie, sans émerveillement devant la bonté, la beauté, la fragilité... Sans le plaisir intellectuel, nous serions bien tristes de nous trouver là, à enseigner, étudier, lire et écrire. »
Le guide n'a pas valeur de règlement. Chaque composante de l'UCLy devra élaborer ses propres règles, plus agiles et adaptées à l'évolution rapide des outils. Cette approche décentralisée suscite toutefois des interrogations : comment garantir une cohérence dans l'évaluation entre facultés, voire entre promotions ? Mathieu Guillermin reconnaît qu'« il faudra toujours des espaces sans IAg » et que certaines limites restent indispensables, sans pour autant plaider pour un cadre uniforme imposé par le haut.
L'UCLy ancre cette réflexion dans un projet de recherche international, NHNAI (New Humanism in the Age of Artificial Intelligence), coordonné par son unité CONFLUENCE : Sciences et Humanités. Ce réseau réunit des universités catholiques du monde entier pour interroger ce que signifie être humain à l'ère des algorithmes — neurosciences, philosophie, sociologie et informatique confondues.
Le guide est disponible en téléchargement libre sur le site de l'UCLy. Une rentrée solennelle consacrée à l'IA et à l'économie est prévue le 15 octobre 2026, avec la venue de Sœur Helen Alford, présidente de l'Académie Pontificale des sciences sociales.
Sources
Université Lyon 2 (Lumière)
[CP]Futurs étudiants et étudiantes : rendez-vous le 6 juillet en ligne pour préparer votre rentrée à l'Université Lumière Lyon 2 !Université Catholique de Lyon (UCLy)
L’IA à l’UCLy : un guide pour donner du sens