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Romainbehar, CC0 · Wikimedia Commons

Politique

Métropole de Lyon : le revenu des jeunes précaires cède la place au pari de l'emploi

Le Revenu de solidarité jeunes, créé en 2021, disparaît au profit d'un plan à 2,65 millions d'euros centré sur l'emploi et contesté par la gauche.

Par Rédaction Passage Lyonnais4 min de lecture

Un jeune de 22 ans sur les bancs de la Maison métropolitaine de l'insertion et de l'emploi, cinq ans après la création du Revenu de solidarité jeunes, ne touchera bientôt plus d'allocation mensuelle mais un rendez-vous avec une entreprise. Réuni le 28 septembre, le Conseil métropolitain a acté la fin programmée de ce dispositif né en 2021 et son remplacement par un nouveau plan, baptisé « Premier emploi jeunes », qui doit accompagner 5 000 jeunes de 16 à 29 ans chaque année vers la formation, l'expérience professionnelle et l'embauche.

Le changement s'inscrit dans une bascule politique plus large. Le Revenu de solidarité jeunes avait été lancé sous la mandature écologiste de Bruno Bernard, avec un versement pouvant atteindre 420 euros par mois pour des 18-24 ans sans ressources, expérimenté d'abord avec un budget annoncé à 10 millions d'euros avant de se stabiliser autour de 2,6 millions d'euros par an, plus 600 000 euros pour les associations instructrices. Depuis mars 2026, la Métropole est présidée par Véronique Sarselli, maire LR de Sainte-Foy-lès-Lyon, dont nous dressions le bilan des cent premiers jours en juillet. Ce basculement politique avait déjà été annoncé : nous écrivions le 18 septembre que la collectivité préparait la suppression du RSJ, dans un mouvement plus large de resserrement des dépenses sociales incluant la fermeture de deux structures pour mineurs isolés.

Ce que disent vraiment les chiffres du chômage des jeunes

La Métropole justifie son virage par un diagnostic qu'elle qualifie elle-même de clair. Le taux de chômage atteint 15,8 % chez les moins de 26 ans sur son territoire, contre 8 % pour l'ensemble des demandeurs d'emploi, selon les chiffres cités dans le communiqué du 28 septembre. Plus de 20 % des moins de 30 ans vivent sous le seuil de pauvreté, contre 16,9 % pour l'ensemble de la population métropolitaine. Or, dans le même temps, les entreprises du territoire anticipent près de 60 000 recrutements en 2026, dont près de la moitié jugés difficiles à pourvoir. C'est ce décalage entre une jeunesse précarisée et des employeurs en tension que le plan « Premier emploi jeunes » entend combler, en s'appuyant sur la Maison métropolitaine de l'insertion et de l'emploi, les dix Missions locales du territoire, l'École de la deuxième chance, l'EPIDE et les entreprises signataires de la Charte des 1000.

La transition, elle, s'étalera sur près d'un an. Les nouvelles entrées dans le RSJ cesseront le 31 octobre 2026, les renouvellements en cours se poursuivront jusqu'au 30 juin 2027, date des derniers versements, avant un déploiement complet du nouveau plan à partir de juillet 2027. Les conventions avec les 17 associations partenaires actuelles seront prolongées de six mois pour accompagner ce basculement. Budgétairement, la nouvelle politique mobilisera 2,65 millions d'euros par an, dont 1,4 million de crédits métropolitains et 1,25 million de fonds européens FSE+, un montant proche de celui consacré ces dernières années au RSJ, mais désormais fléché vers des parcours de trois à six mois associant accompagnement, stage ou alternance plutôt que vers une allocation directe.

Le bilan que la majorité et l'opposition ne lisent pas de la même façon

Le vote n'est pas passé sans contestation, et le désaccord porte moins sur les chiffres que sur leur interprétation. Emmanuel Imberton, vice-président délégué à l'Économie, à l'Emploi et à l'Insertion professionnelle, défend un dispositif qui, selon lui, « patchait » les manques entre programmes existants sans offrir de perspective durable, et revendique un cap assumé vers l'autonomie par le travail. Véronique Sarselli a de son côté opposé son refus des « dispositifs générateurs de précarité » à une ambition d'insertion réelle par l'emploi.

En face, l'opposition écologiste et de gauche conteste frontalement le bilan retenu par la majorité. Renaud Payre, coprésident du groupe des Écologistes, a rappelé que le RSJ avait accompagné environ 4 000 jeunes en cinq ans, avec près de la moitié d'entre eux en emploi ou en formation stable un an après leur sortie du dispositif, un résultat qu'il juge sciemment ignoré : « vous êtes aveuglée et vous faites erreur », a-t-il lancé à la présidente. Idir Boumertit, pour La France insoumise, a dénoncé une décision « précipitée » risquant de « fragiliser davantage » des jeunes déjà en difficulté, tandis qu'Aline Guitard, pour le groupe communiste, a accusé la majorité de « détricoter » un acquis social. Ce contrepoint reste, à ce stade, cantonné à l'enceinte du Conseil métropolitain : aucune mobilisation d'associations ou de collectifs de jeunes n'a encore été rendue publique contre la réforme.

Un appel à projets FSE+ doit être lancé prochainement auprès des associations, entreprises et groupements d'employeurs pour construire les premiers parcours du nouveau plan, avant la bascule complète prévue en juillet 2027.

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