
Mineurs isolés, jeunes précaires : à la Métropole de Lyon, l'automne des économies sociales
La Métropole de Lyon ferme deux structures pour mineurs isolés et prépare la suppression du Revenu de Solidarité Jeunes d'ici fin septembre.
Sous les arbres du Jardin des Chartreux, sur la colline de la Croix-Rousse, une centaine de tentes se sont installées depuis plusieurs mois. Des adolescents y attendent qu'un juge reconnaisse leur minorité, seul sésame vers une protection de l'aide sociale à l'enfance. Mercredi 16 septembre, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées place de Milan, dans le 3e arrondissement, pour dénoncer la fermeture programmée des deux structures censées justement leur éviter la rue.
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Je suis très inquiet de ce qui est en train de se passer sur l’hébergement d’urgence sur la Métropole de Lyon. La fermeture des Stations Milan et Rockefeller, que nous avions ouvertes à partir de 2020, représentent une centaine de places pour des jeunes isolés en recours.
Une majorité divisée, aucun chantier engagé depuis 6 mois, aucune réponse aux urgences sociales, climatiques. Les seules actions ? Défaire ce qui fonctionnait pour les jeunes et les plus précaires. Ces 6 années vont être très longues pour les Grand•es Lyonnais•es. www.lyoncapital
L'annonce est désormais officielle : la droite métropolitaine veut supprimer le Revenu de Solidarité Jeunes. Je pense que ce serait une profonde erreur : lnkd.in/p/eHp_ZF_H
Les Stations Milan et Rockefeller, cofinancées par la Métropole de Lyon et la préfecture du Rhône, accueillent des jeunes étrangers en recours devant le juge après un premier refus de reconnaissance de minorité, une procédure qui peut durer plusieurs mois. La première doit fermer le 30 septembre, la seconde le 31 décembre. À elles deux, 102 places disparaîtront d'ici la fin de l'année, alors qu'environ 800 mineurs y ont été accompagnés depuis leur ouverture en 2020, sous la présidence écologiste de Bruno Bernard. Sur Bluesky, l'ancien président de la Métropole, désormais dans l'opposition, s'est dit "très inquiet de ce qui est en train de se passer sur l'hébergement d'urgence". Quatre députés du Rhône, Marie-Charlotte Garin et Boris Tavernier (écologistes), Anaïs Belouassa-Cherifi (LFI) et Sandrine Runel (PS), ont écrit à la présidente de la Métropole et au préfet pour demander le maintien du dispositif, rappelant qu'il assure "protection pendant la procédure judiciaire, remise à niveau sanitaire, accompagnement éducatif et juridique".
Ce que la fermeture des Stations ne remplace pas
La Métropole n'a pas détaillé publiquement de solution de relogement pour les jeunes concernés. Le dossier s'ajoute à une autre urgence sur le même secteur : 280 femmes et enfants logés dans un immeuble de la place de Milan, propriété de la Métropole, sous le coup d'une expulsion ordonnée par la justice à la demande de la collectivité elle-même. Le numéro d'urgence 115 est saturé, des travailleurs sociaux de la veille sociale ont fait grève ces dernières semaines pour dénoncer le manque de moyens, selon Lyon Mag. Comme nous l'écrivions début juillet, Véronique Sarselli avait dressé le bilan de ses cent premiers jours de mandat sans évoquer ce dossier, alors déjà identifié comme sensible par les associations.
La présidente de la Métropole, élue le 26 mars 2026 à la tête de l'union de la droite et du centre Grand Cœur Lyonnais après avoir remporté dix des quatorze circonscriptions métropolitaines face à la majorité écologiste sortante, doit également acter d'ici la fin du mois la suppression du Revenu de Solidarité Jeunes (RSJ). Créée en 2021 par l'exécutif de Bruno Bernard, cette aide, unique en France à l'échelle d'une collectivité, verse jusqu'à 420 euros par mois aux 18-25 ans sans ressources, et 315 euros à ceux disposant de moins de 400 euros de revenus, pendant deux ans maximum. Elle mobilisait 2,6 millions d'euros en 2025, sur une enveloppe totale de 4,4 millions consacrée à l'insertion des jeunes, déjà en repli par rapport aux 5,7 millions de 2024. Dans le même budget métropolitain, l'enveloppe du RSA pour les adultes doit au contraire progresser de 10 millions d'euros en 2026, pour atteindre 290 millions.
Une équation budgétaire qui ne convainc pas l'opposition
Véronique Sarselli justifie sa décision en jugeant que "le RSJ n'est pas un dispositif qui permet aux jeunes de se remettre sur les rails", et propose de le remplacer par un programme d'insertion professionnelle adossé à un "contrat Métropole-entreprises". Dans la Métropole de Lyon, environ un quart des 18-25 ans vivent sous le seuil de pauvreté, selon les données de la collectivité elle-même.
Pour l'opposition écologiste et de gauche, reléguée au rôle de première force d'opposition depuis les élections de mars, la méthode est autant en cause que le fond. "Une majorité divisée, aucun chantier engagé depuis six mois, aucune réponse aux urgences sociales, climatiques. Les seules actions ? Défaire ce qui fonctionnait pour les jeunes et les plus précaires", a écrit sur Bluesky Renaud Payre, coprésident du groupe Les Écologistes au conseil métropolitain, qui juge la suppression du RSJ "une profonde erreur". Fanny Dubot, maire du 7e arrondissement et coprésidente du même groupe, parle pour sa part d'une "volonté de déconstruire" de la part de la nouvelle exécutive, dans un entretien à Lyon Capitale. Comme nous le rapportions en mai, cette opposition avait promis dès son installation une "surveillance étroite" des choix de Véronique Sarselli. La Métropole n'a pas répondu publiquement, au-delà des arguments budgétaires déjà avancés par sa présidente, aux critiques sur le calendrier des fermetures.
La suppression du RSJ doit être actée avant la fin du mois de septembre. La Station Milan doit fermer ses portes le 30 septembre, la Station Rockefeller le 31 décembre.


