
Sur le pont de l'Université, cyclistes et piétons vont continuer de se croiser entre les candélabres
La Métropole renonce à séparer vélos et piétons sur le pont, faute d'1,5 million d'euros sur une opération de 16,6 millions.
Sur les trottoirs étroits du pont de l'Université, les cyclistes slaloment entre les candélabres et les piétons depuis des années, faute d'autre choix que de simples marquages peints au sol. Depuis 2025, le flux a encore grossi : les rues Marc Bloch et de l'Université, côté 7e arrondissement, ont reçu leur propre piste cyclable, qui débouche directement sur ce goulot d'étranglement au-dessus du Rhône. Le 28 septembre, le conseil de la Métropole de Lyon doit voter la rénovation de cet ouvrage vieux de plus d'un siècle, et le texte inscrit à l'ordre du jour, la délibération n°2026-0221, acte que rien ne changera pour les modes doux.
Vu sur les réseaux
Incroyable, mais vrai : la nouvelle majorité de droite de la métropole vient de décider d’abandonner la voie de bus dédiée prévue sur le pont de l’Université, ainsi que la séparation entre piétons et cyclistes. ⚠️
Pont de l’Université : La Ville à Vélo déplore le projet de la Métropole de le rénover sans résoudre les conflits piétons-cyclistes... lavilleavelo.org/2026/09/22/p...
Ravi de savoir que mes impôts vont servir à recréer l’existant en favorisant encore et toujours la voiture individuelle et n’apporter aucune amélioration pour les modalités douces. A quand une mobilisation pour dire NON à ces projets d’un autre temps ? @lavilleavelo.bsky.social
Construit entre 1900 et 1903, le pont a perdu sa travée centrale sous les bombardements de 1944 avant d'être reconstruit au début des années 1950. Une péniche a de nouveau endommagé sa structure porteuse en 2015. Les premiers prélèvements sur l'acier et la peinture ont débuté en juillet 2024, confiés aux bureaux Format Vertical et Ginger CEBTP, pour préparer un chantier annoncé de longue date pour 2026. L'enveloppe globale s'élève à 16,6 millions d'euros.
Ce que le projet initial prévoyait avant l'alternance
Ce montant ne dit pas tout de l'histoire. Les études engagées sous l'ancienne majorité écologiste, conduites conjointement par la Métropole et la Ville de Lyon, envisageaient de faire passer le pont de quatre à deux voies de circulation automobile pour dégager une voie de bus et une piste cyclable bidirectionnelle, intégrée au réseau des Voies Lyonnaises. Un chantier que nous racontions en juin déjà marqué par 91 kilomètres de retard sur l'ensemble du réseau cyclable métropolitain. Ce volet a disparu du projet retenu pour un motif budgétaire assumé : l'élargissement de la chaussée aurait coûté 1,5 million d'euros de plus, soit moins de 10 % de l'opération totale, mais la nouvelle majorité de droite, installée en mars après la victoire de Véronique Sarselli à la présidence de la Métropole, a choisi de ne pas l'engager. Un renoncement d'autant plus lisible qu'il intervient après le bilan que Véronique Sarselli avait elle-même dressé de ses cent premiers jours de mandat, où figuraient déjà plusieurs arbitrages financiers contestés.
L'opposition écologiste a réagi dès l'annonce. Sur le réseau social Bluesky, l'ancien président de la Métropole Bruno Bernard a dénoncé une décision qui abandonne "la voie de bus dédiée prévue sur le pont de l'Université, ainsi que la séparation entre piétons et cyclistes". L'association La Ville à Vélo, dans un billet publié le 22 septembre, dit "regretter que l'opération de rénovation du pont ne prévoie pas de rendre les trottoirs aux piétons en créant une piste cyclable bidirectionnelle" et redoute "le maintien à long terme d'une situation conflictuelle". Le collectif Velotaf Lyon a pour sa part ironisé sur des impôts qui serviraient, selon lui, "à recréer l'existant en favorisant encore et toujours la voiture individuelle".
Un pont classé point noir, et qui va continuer à l'être
Le paradoxe est que la Métropole communique par ailleurs sur ses progrès cyclables. Le Baromètre vélo 2025 de la Fédération des usagers de la bicyclette, qui a recueilli 334 000 réponses en France, crédite Lyon d'une note de 4,03 sur 6, en hausse par rapport à 3,51 en 2021, ce qui la classe quatrième grande ville française derrière Grenoble, Strasbourg et Rennes. Mais le même baromètre place explicitement le pont de l'Université et ses deux carrefours d'accès, quai Gailleton à l'ouest et quai Claude-Bernard à l'est, parmi les points noirs de l'agglomération. La rénovation votée le 28 septembre ne fait donc que reconduire, pour au moins une génération d'infrastructure, un point identifié comme dangereux par l'organisme de référence sur le sujet.
Le désaccord ne vient d'ailleurs pas seulement des cyclistes. Les Droits du piéton du Rhône réclament eux aussi que les vélos soient sortis des trottoirs du pont, mais pour des raisons inverses : ils y voient un danger pour les marcheurs plutôt qu'un manque d'ambition cyclable. Aucune prise de parole officielle de la majorité métropolitaine n'a, à ce stade, répondu directement à ces deux critiques symétriques ; la justification communiquée se limite à l'argument budgétaire du surcoût de 1,5 million d'euros. Le chantier de rénovation, hors élargissement, doit démarrer courant 2026 et durer plus d'un an.


