Lyon 1 et Skyepharma s'allient pour réinventer le médicament oral
Un comprimé qui se dissout mal, un principe actif détruit avant même d'atteindre l'intestin : ces obstacles, invisibles pour le patient, coûtent des années de recherche aux laboratoires pharmaceutiques. C'est précisément ce verrou que veut faire sauter LIFOD, le nouveau laboratoire commun inauguré le 2 juillet à la Maison de l'Université, à Villeurbanne.
Derrière cet acronyme, Lab of Innovative Formulation for Oral Delivery, se cache une alliance entre recherche publique et industrie pharmaceutique. D'un côté, le Laboratoire d'automatique, de génie des procédés et de génie pharmaceutique (LAGEPP), unité mixte de l'université Claude Bernard Lyon 1 et du CNRS. De l'autre, Skyepharma Production, façonnier pharmaceutique (CDMO) dont l'usine se trouve à Saint-Quentin-Fallavier, en Isère, spécialisée dans les formes orales solides complexes : comprimés multicouches, gélules à libération modifiée, formulations gastro-résistantes.
L'ambition affichée est de rendre les médicaments pris par la bouche plus efficaces et plus faciles à absorber, en particulier en oncologie et dans le traitement du diabète, deux domaines où l'administration orale reste un défi technique majeur face aux voies injectables. Trois axes de travail sont annoncés : la mise au point de formes galéniques innovantes comme la nanoencapsulation ou les systèmes mucoadhésifs, la formulation de biomolécules, peptides et protéines thérapeutiques habituellement fragiles par voie orale, et la construction d'une plateforme de criblage associant expérimentations in vitro, modélisation numérique et intelligence artificielle.
LIFOD a été retenu dans le cadre du programme LabCom de l'Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance depuis plus de dix ans des laboratoires communs entre organismes publics et PME ou ETI françaises. Selon les règles de ce dispositif, la collaboration s'étale sur 54 mois, dont une phase de montage de six mois, et bénéficie ici d'un financement de 363 000 euros. L'objectif du programme, au-delà du seul soutien financier, est d'installer une gouvernance partagée entre les deux partenaires et une stratégie commune de valorisation des résultats, avec un partage prédéfini de la propriété intellectuelle.
Aucune association de patients ni expert extérieur n'a pour l'heure réagi publiquement à cette annonce, qui relève avant tout d'un partenariat de recherche amont, loin des essais cliniques. Le texte officiel insiste toutefois sur un objectif de compétitivité industrielle française et européenne face à la concurrence internationale sur la formulation pharmaceutique.
La phase opérationnelle de LIFOD doit désormais s'étendre sur quatre ans, avec pour horizon le transfert des premières formulations vers des applications industrielles concrètes.