Paludisme : à Lyon, un spray nasal testé pour sauver les enfants africains les plus isolés
Un enfant convulse, la fièvre grimpe, et le centre de santé le plus proche est à des heures de marche. Dans ce scénario, banal dans de nombreuses zones rurales d'Afrique subsaharienne, c'est souvent le temps qui décide de tout. « Le temps qui fait finalement le pronostic », résume le professeur Stéphane Picot, qui dirige depuis trente ans la Malaria Research Unit, installée à l'Institut de chimie et biochimie moléculaires et supramoléculaires (ICBMS), unité mixte de Lyon 1 Université, du CNRS, de l'INSA Lyon et de CPE Lyon, basée à Villeurbanne.
Le paludisme a tué environ 610 000 personnes en 2024 selon le dernier rapport de l'Organisation mondiale de la santé, publié en décembre 2025, dont 579 000 dans la seule région africaine. Les enfants de moins de cinq ans y représentent environ 75 % des décès, soit près de 434 000 vies perdues sur le continent en une seule année. Le traitement de référence contre les formes graves, l'artésunate, s'administre aujourd'hui par voie intraveineuse ou intramusculaire, ce qui suppose des équipements et un personnel formé, souvent absents des zones les plus reculées.
L'équipe lyonnaise a mis au point une formulation d'artésunate administrable par simple pulvérisation dans le nez, sans injection ni infrastructure médicale. Après des tests in vitro et sur une reproduction en trois dimensions d'un massif facial humain, un essai clinique de phase 1 mené au CHU de Bamako, au Mali, sur trois groupes de volontaires recevant des doses croissantes, n'a montré aucun effet indésirable grave et une diffusion du médicament dans le sang conforme aux recommandations. Cette étape ouvre la voie à des essais de phase 2 et 3 à plus grande échelle dans plusieurs pays africains. Les travaux, publiés le 6 juillet dans Scientific Reports, s'appuient sur une start-up dédiée, EUNOVIS, soutenue par Bpifrance, Lyonbiopôle et la Région Auvergne-Rhône-Alpes.
Reste que l'histoire récente invite à la prudence sur les traitements « pré-transfert ». L'OMS recommande depuis 2018 une intervention comparable par voie rectale avant transfert vers un hôpital, mais le projet d'observation CARAMAL, mené dans trois pays africains, n'a pas confirmé sur le terrain les bénéfices en mortalité observés lors de l'essai contrôlé initial de 2009, en raison notamment de retards ou de défaillances dans le transfert effectif des patients vers des soins hospitaliers. L'OMS elle-même a publié en 2022 une note appelant à des mesures d'atténuation des risques. La voie nasale, plus simple d'usage selon l'équipe lyonnaise, devra donc démontrer, au-delà de sa tolérance, qu'elle traduit un réel gain de survie une fois déployée hors laboratoire, dans les conditions souvent précaires des zones rurales concernées.