
Manifestations interdites samedi à Lyon : ce que disent préfecture, élus, presse et syndicats
À deux jours de l'« acte II » contre la vie chère, le préfet interdit tout cortège dans Lyon. L'Unef attaque une autre interdiction, la CGT vise le 5 novembre.
Le préfet du Rhône, Étienne Guyot, a interdit par arrêtés « l'ensemble des manifestations » dans Lyon le samedi 24 octobre. Ses services l'ont confirmé jeudi 22 octobre au matin, selon LyonMag. La mesure couvre toute la ville, pas seulement la Presqu'île. Elle vise l'« acte II » de la mobilisation contre la vie chère, une semaine après le samedi de pillages du 17 octobre.
Qui appelait à manifester samedi ?
L'appel vient d'une coordination nationale de gilets jaunes. Son site recensait 76 actions en France, d'après LyonMag. À Lyon, le principal rendez-vous était fixé à 14 h place Bellecour, devant le pavillon de l'office de tourisme incendié le 17 octobre. D'autres rassemblements étaient annoncés à la même heure place Jean-Macé et à Vénissieux. « Il y a clairement une énorme poussée pour qu'il y ait un acte II », avait dit à l'AFP Benjamin Ball, responsable du site de la coordination.
Jeudi midi, Emmanuel Macron a fixé la ligne nationale, rapporte France 24. Seules les manifestations demandées par les syndicats seront autorisées samedi. « Les demandes qui sont faites par des gens qui n'ont aucune légitimité seront interdites par les préfets », a déclaré le président. Il a ajouté que des parcours hors des centres-villes seraient proposés. À Lyon, l'arrêté ne fait pas cette distinction : il vise toutes les manifestations.
Une semaine d'interdictions en cascade
L'arrêté de samedi s'ajoute à d'autres mesures. Mercredi 21 octobre, le préfet a interdit la manifestation déclarée par l'Unef et le NPA pour ce jeudi, de la Manufacture des tabacs à la place Bellecour. Selon Lyon Capitale, la préfecture a invoqué l'arrivée à Bellecour et l'absence d'itinéraire de remplacement trouvé avec les organisateurs. L'Unef a annoncé un recours, déposé avec la Ligue des droits de l'Homme et le Syndicat des avocats de France. Aucune décision du tribunal administratif n'était connue jeudi en début d'après-midi.
En Presqu'île, tout rassemblement revendicatif reste interdit ce jeudi de 16 h à 23 h, puis le couvre-feu s'applique de 23 h à 6 h, dans le périmètre déjà en vigueur depuis lundi. Bars, restaurants, cinémas et transports fonctionnent. L'infraction est punie d'une amende de 135 euros.
Ce que disent les élus et les collectivités
Grégory Doucet doit être reçu ce jeudi après-midi à Matignon par Sébastien Lecornu, avec les maires de Paris et de Marseille. Les trois élus réclament un « diagnostic précis et transparent » de l'enchaînement des événements du 17 octobre. Le Premier ministre reçoit le même jour les partis politiques.
La Région Auvergne-Rhône-Alpes est sortie du silence que nous relevions le 20 octobre. Elle débloque 15 millions d'euros pour protéger les commerces : 50 % des dépenses éligibles, plafonnées à 5 000 euros par établissement. L'aide couvre les rideaux métalliques, les vitrages de sécurité, la vidéosurveillance et les générateurs de brouillard. Le dépôt ouvre vendredi 23 octobre sur le site de la Région, et les achats faits depuis le 19 octobre comptent. La Région dénombre 500 commerces touchés dans la région le 17 octobre. Son président, Fabrice Pannekoucke, parle d'une mesure d'urgence. Ces 15 millions s'ajoutent aux 10 millions de la Métropole et aux aides de l'État.
Ce qu'en dit la presse locale
Sur la conduite du maintien de l'ordre, Rue89Lyon est le plus sévère. Le site affirme le 21 octobre que « les services de renseignement n'ont pas anticipé l'ampleur du mouvement ». Selon ses informations, les forces de l'ordre ont lancé « près de 6 000 grenades de différents types » ce samedi-là, « du jamais vu ». La préfecture n'a pas publié de chiffre de ce type.
Le maire avait ouvert ce débat dans un entretien au Progrès le 19 octobre, repris par LyonMag. « Il est certain que le dispositif n'était pas en capacité de répondre à la nature des violences », y dit Grégory Doucet. Si les mêmes scènes se sont produites dans plusieurs villes, ajoute-t-il, « c'est qu'il y a un problème avec le commandement ». Il rappelle que la police municipale n'a ni la formation, ni l'équipement, ni la responsabilité du maintien de l'ordre.
Rue89Lyon décrit aussi un « vent de panique politique », où chaque parti multiplie les prises de parole. Le 18 octobre, place Bellecour, des commerçants de la Presqu'île ont traité le maire de « complice », selon le site.
Franceinfo a raconté le soir du lundi 19 octobre. Un rassemblement de soutien aux policiers et aux commerçants a réuni environ 500 personnes, selon ses organisateurs. Des militants d'ultradroite s'y sont mêlés, puis ont défilé avec une banderole jusqu'à la place Carnot. Le préfet s'est dit « furieux de cette volonté de récupération ». Il a saisi le procureur pour des propos islamophobes et xénophobes tenus pendant le défilé. Grégory Doucet a condamné « fermement » le rassemblement et ses « slogans haineux ».
La justice a commencé à juger
Le parquet de Lyon a fait un point mardi 20 octobre, rapporté par LyonMag : 199 personnes interpellées depuis samedi dans son ressort, pour vols, dégradations ou recel. Lundi, six prévenus jugés en comparution immédiate ont été condamnés à des peines de quatre à sept mois ferme ou de huit à douze mois avec sursis, et trois ont été incarcérés. Cinq interdictions de séjour de deux à trois ans ont été prononcées. Le parquet précise que le bilan peut encore évoluer.
Les syndicats regardent vers le 5 novembre
La CGT condamne les violences du 17 octobre et met en cause la stratégie de maintien de l'ordre. Dans un communiqué du 21 octobre, elle écrit que cette journée « restera comme un point de bascule » et appelle à des « manifestations pacifiques ». Elle se dit prête, là où les conditions le permettent, à encadrer samedi les jeunes et les salariés qui veulent manifester. Son objectif principal reste la grève interprofessionnelle du jeudi 5 novembre, appelée par l'intersyndicale. La CGT demande des assemblées générales sur les lieux de travail pour y décider de la généraliser.
Sources
AFP
Déclaration de Benjamin Ball, coordination des gilets jaunes, sur l'acte II du 24 octobre
Région Auvergne-Rhône-Alpes
La Région débloque 15 millions d'euros pour protéger les commerces d'Auvergne-Rhône-AlpesCGT
La CGT appelle à généraliser la grève le 5 novembre
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